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Chroniques d'un voyageur parmi tant d'autres, tome II
(Benoit Martin en Angleterre, en Écosse, en France, en Espagne, en Allemagne, en République Tchèque et au Québec)


Photos / Pictures

[Chroniques d’un voyageur parmi tant d’autres, tome II]

[Chroniques d’un voyageur parmi tant d’autres, tome II]

 

 

« Pis oublie pas, le bonheur, c’est comme du sucre à’crème, y faut qu’tu t’en fasses…. »

 

 

 

 

Légende :

 

Ligne simple de démarcation dans un texte

 

 

Même jour, mais à un moment différent

 

 

Jour différent

 

 

 

 

 

 

 

----- Original Message -----

From: <ben [A] benoitmartin [POINT] com>

To: <Gerlinde>

Sent: Monday, September 15, 2003 8:01 PM

Subject: Re: Hi!

 

Bonjour Gerlinde !

Oui, je suis de retour au Québec.
..  J'allais écrire "chez-moi", mais je ne
suis pas sûr du tout si c'est chez-moi....

Cela s'est bien passé jusqu'à maintenant, les 4 jours depuis que je suis
arrivé, mais je prévois que le vrai "choc" débute bientôt, lorsque la
tempête et la nouveauté de mon retour se seront estompées.  Là, tout le
monde me donne plein d'énergie, plein d'attention, tous sont bien heureux de
me voir.  Mais dans 2 semaines ou 1 mois, je n'aurai plus rien de spécial,
alors ça risque d'être moins intéressant.

Et l'automne arrive.

J'ai juste envie de partir ailleurs, évidemment.  Je ne crois pas vraiment
que ce soit pour fuir quoi que ce soit, car je ne vois pas grand-chose à
fuir.  Sauf peut-être la lourdeur écrasante de la vie ici.  Je n'ai pas
envie de me re-embarquer dans une vie comme je le faisais avant.  Des appels
téléphoniques toute la journée, toujours en train de régler un dossier ou un
autre, en train d'essayer de m'assurer que tout soit parfait et en règle,
sans trop savoir pourquoi ni où je m'en vais...  Je n'ai pas envie de
m'installer ici.  Je n'ai pas envie de m'installer nulle part.  J'ai des
choses à trouver, j'ai quelque chose à faire auparavant.

Ma mère m'avait préparé une chambre (j'habite chez mes parents pour le
moment), très gentiment et avec amour.  J'ai ouvert un tiroir et je suis
resté désemparé :  il y avait une vingtaine de paire de bas, mes bas, tous
bien pliés et rangés en ligne.  Ça remplissait presque le tiroir au complet.
Je n'ai pas besoin de tout cela !!  Mais qu'est-ce que je vais faire avec
tous ces bas ???   J'étais très heureux avec 2 ou 3 paires de bas durant
toute l'année, je n'en ai pas besoin de 20 !?!!!

Je regarde par la fenêtre, la rue est vide, le parc en face est vide, il n'y
a personne.  Un beau parc tout vert, mais il n'y a personne.  Hier non plus
et l'autre jour non plus, quand je suis arrivé en marchant à pied.  Et je
suis seul dans une grande maison qui pourrait loger facilement 8 ou 10
personnes...

Mais bon....

Il y a les arbres qui rougissent, il vente un peu.

Je crois vraiment que je ne m'installerai pas vraiment ici.

Je ne suis pas bien installé à quelque part, j'ai l'impression qu'il faut que
je "fasse" quelque chose.  Vite, le temps passe, je dois rendre ma journée
productive !

C'est terne et gris ici, dans ma perception.

Mes mots me semblent un peu déprimants ou pessimistes, mais ce n'est pas
tellement comme cela que je me sens.  J'ai encore confiance, je sais que
tout ira bien, je ne m'en fais pas trop avec tout cela, mais je remarque une
sorte d'inconfort de mon être ici.  C'est normal, je sais, je reviens d'un
long voyage d'un an en Inde et à l'autre bout du monde.  Des siècles se sont
passés durant ce voyage, mais j'ai maintenant l'impression que cela fait des
siècles que mon voyage a eu lieu.  Je sens la mentalité des autres ici qui
m'influence, petit à petit, et qui fait modifier la mienne....    Ai-je
vraiment trouvé quelque chose d'intéressant, en Inde ??  Et c'était quoi ??

Bon.....

Je crois que je vais partir en vélo vers la ville de Québec très
prochainement.  C'est à 250 km d'ici, ça me donnerait un peu de temps pour
être seul et être à nouveau en voyage....  Oui, ça serait une bonne idée.

Ah tiens, il y a un petit enfant qui traverse le parc, avec son sac d'école
sur le dos.  Et il y a quelqu'un assis en dessous d'un arbre, je ne l'avais
pas vu....

Mon email est un peu sorti de son cadre.  Je t'écrivais en ayant l'intention
d'écrire un peu sur mon site ensuite, mais mes mains ont tapé un peu toutes
seules, comme d'habitude, et ont écrit aussi ce que je voulais dire sur le
site.  Je vais probablement publier ce email sur mon site également...

Je t'écris, ou j'écris à mon site, ou je m'écris à moi-même, je ne sais
pas.....  C'est un peu la même chose, d'une certaine façon...

Bon (encore une fois...).....  C'est l'automne qui arrive et je le sens....

Mais ça va bien aller, je le sais....

À
plus tard,
Affection,

-Benoit

 

 

 

 

 

 

Mon ancien appartement, Longueuil

03.10.20

 

Je suis chez Francis, mon ancien colocataire.  Celui qui occupe l’appartement dans lequel j’ai demeuré quatre ans.

 

En y repensant, des tas de souvenirs me remontent à la surface.  J’ai eu cette vie-là, moi ?  C’était moi, cette personne-là ?

Tout cela me semble si loin…..   me semble appartenir à une autre vie.

 

            Pourtant, ce n’était qu’il y a un peu plus d’un an.

 

            Tous ces souvenirs, tous ces gens, tous ces événements, tous ces sentiments que j’aimerais retenir et qui me mélancolient puisque je sais qu’ils sont disparus à jamais, dans un passé si proche, à un souvenir de distance, mais si loin, inaccessible….

 

            ….et il ne reste que moi, si tant est que ce moi existe.

 

            Et je sais que tous ont ces souvenirs, de leur jeunesse, de ces années passées, d’un amour disparu, d’un enfant qui n’est plus, d’un été qui s’est achevé.

 

            Tout relàcher, tout laisser tomber, plus rien dans les mains, rien autour de moi, je flotte dans l’univers infini autour de moi.  Avec, au moment d’ouvrir la main, une sorte de nostalgie de tout ce que j’ai été et de tout ce que je pourrais être.

 

            Je dors dans le lit de Karine, la copine de Francis.  Dehors, je vois la nuit et la buée sur la fenêtre.  Je regarde le rideau ouvert, que je pourrais fermer.  Je reconnais ce rideau.  C’était le mien.

 

            Je suis dans mon ancienne chambre.  Je viens tout juste de le remarquer.

 

 

 

 

Monastère cistercien (chrétien) à Oka.

03.10.29

 

            Vas-t’en d’ici, vas-t’en d’ici, vas-t’en d’ici !!!

 

            De plus en plus il m’apparaît évident, ou même critique, que je parte d’ici.  De l’Ouest.  Que je retourne vivre avec mon sac à dos.  En ne possédant que peu.

 

            Je ne suis pas à ma place ici.  Je ne suis pas chez moi.

 

 

 

 

St-Bruno, au début du Vol de nuit de Saint-Exupéry.

03.11.03

 

            Tristesse.

 

            Tristesse et espoir.  Aventures.  À vivre.  À accomplir.  Le Monde à découvrir, à réaliser.  Tant de possibilités, tout est devant moi.

 

            « …..but I feel, tomorrow, only crying….. »

 

            De tout ce que je peux faire, de tout ce que je peux devenir….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

St-Bruno, en train de débuter de ranger mes choses pour mon départ.

04.01.27

 

            Je repars bientôt.  Je ne sais pas encore quand, mais bientôt.  Il y a des mois que je le dis, des siècles que j’y pense.

 

            (Jaya, Gemma, Odelia, ……)

 

            J’ai rangé la monnaie, ramenée de mon dernier voyage, qui trainait sur mon bureau.  J’ai soufflé sur la poussière qui commençait à s’y accumuler et j’ai mis dans un sac Ziploc la pile de billets et dans un autre les poignées de monnaie.

 

            Et j’ai pris mon petit coquillage, ramené du bout du monde, dans mes mains.  Un petit coquillage tout simple, gros comme un 25 sous, mon coquillage du Camino de Santiago, ramassé dans l’Océan.  À peu près tout ce que j’ai ramené, physiquement, de mon Camino.  Il est lourd, dans ma main, chargé d’émotion, rempli de cet été passé à marcher, de cette année de voyage, de tout ce qui m’est arrivé et que je suis seul à connaître, de toutes mes joies et mes peines, de toutes mes espérances et mes déceptions, de la solitude et de la mélancolie qui me viennent de tous les moments passés que j’ai « possédés » et qui sont maintenant disparus.

 

            Je m’apprête à le ranger, ce coquillage, enveloppé d’un mouchoir dans une capsule de film vide, et de le mettre dans une boîte, avec toutes mes photos, mes cahiers et ce que j’ai rapporté de l’Inde et d’ailleurs.

 

            Je m’apprête à repartir en voyage, ou en vie, je m’apprête à prendre un aller simple pour l’inconnu.

 

 

 

 

04.01.31

 

Lorsqu’on lit, normalement, ce n’est pas l’écriture que l’on voit.  On ne « lit » pas vraiment au sens intuitif du terme.  En fait, on voit tout sauf l’écriture.  Étant noire, elle est la seule à ne pas réfléchir de lumière.  Donc on ne la voit pas.  On ne voit que le manque de luminosité par contraste avec la blancheur environnante (le papier).

 

            La page entre nos mains est complètement illuminée, sauf là où se trouve l’encre.  Et on lit par déduction, en analysant les fragments qu’on ne voit pas.  Qu’on interprète comme étant des symboles distincts, porteurs d’information.

 

            On ne voit pas ce que l’on lit.  On voit tout sauf ce qu’on lit.

 

 

            La page que vous avez entre les mains est la même qu’il y a quelques secondes.  La même que lorsque vous croyiez voir l’écriture et la même que lorsque vous vous êtes rendus compte que vous ne pouviez pas voir cette écriture (en la supposant noire, comme dans la majorité des cas).  Pourtant, votre vision de cette feuille (ou ma vision de cette feuille, à tout le moins) vient de changer.  Radicalement, même.

 

            C’est la même feuille, mais vue d’un autre point de vue.  Vous avez entre les mains un rectangle de lumière réfléchie, perforé de fins traits recourbés opaques qui n’émettent rien.

 

            Y a-t-il d’autres choses, dans votre vie et dans votre conception du monde, que vous croyez fermement être d’une certaine façon (comme l’écriture que vous croyiez « voir »), probablement sans jamais y avoir vraiment pensé, que vous pourriez peut-être voir d’une autre façon ?  D’un autre point de vue plus cohérent, plus « vrai » ?  (Car, en effet, on ne peut absolument pas voir l’écriture noire sur du papier blanc, c’est notre cerveau qui analyse la lumière perçue par la rétine, provenant de la feuille, et qui déduit les symboles (les mots) par l’absence localisée de cette lumière (à moins que la page ne soit écrite en blanc sur fond noir !).)

 

 

 

 

Hôpital Sacré-Coeur, Étude sur la lumière  II

04.02.15

 

            Je pars dans deux semaines et demie.

 

            Mon crayon tourne autour de mon doigt, ne sachant pas comment exprimer ce que je ressents.

            Je ne sais pas trop, je ne comprends pas trop ce que je ressents.  Un mélange de craintes, d’anquiété, d’exitation, de peur, d’émerveillement, de fébrilité, d’incertitude.

 

            Comme avant de sauter d’un très haut tremplin, ou comme avant de prendre la main d’une jeune demoiselle dans la mienne, et de m’ouvrir à elle.  En espérant que la vie s’ouvre à moi, elle aussi.

 

 

            Dans les moments de silence qui s’écoulent, j’entends mes neurones bourdonner.

 

            Je sens mon coeur, dans sa cage, qui bat et veut s’ouvrir.  S’ouvrir grand, et tout englober, englober toute ma vie.

 

 

            Je pense à ceux que je vais laisser en arrière.  Ont-ils vraiment existé, ou n’était-ce qu’une illusion ?

 

            Lorsque nous serons tous illuminés, ce monde-ci aura-t-il été une illusion ?

 

 

 

 

            J’aime aimer…..

 

            On se sent tellement bien…..

 

 

 

 

04.02.19

 

            J’ai peur de partir.

 

            J’ai le coeur serré.  Je ne sais pas où je m’en vais.  Je n’ai nulle part où aller.

 

            Je ne suis pas bien ici.  Cela, j’en suis certain.  Ici je ne suis pas à ma place.

 

            Mais je n’ai nulle part où aller.

 

            Et, peu importe où j’irai, je ferai quoi, ensuite ?  Après, lorsque le peu d’argent que j’ai sera épuisé, ou après avoir dépensé tout ce que j’aurai gagné ?

 

            Cela tourne en rond….

 

 

            Il faut que je parte, c’est la première étape.

 

 

 

 

04.02.24

 

            Je me sens tout étrange, tout apeuré.  J’ai fait mes adieux à trois amis aujourd’hui.  Terry et Sam, que je n’avais pas revus depuis un an et demie, et Ginette, qui fut ma gardienne lorsque j’étais à l’école primaire et que j’ai cotoyée depuis.

 

            J’ai donné mon dernier cordon de protection rouge, reçu du Karmapa, à Terry.  Lui qui est excessivement « rationnel », athée et ferme non croyant.  Il m’a demandé de lui rapporter un souvenir, aussi petit soit-il alors il me semblait juste de lui donner ce cordon que je portais au cou depuis plus d’un an.  Et il l’a revêti.  Puisse-t-il cela le protéger et le guider, peu importe la valeur que l’on puisse accorder à ce cordon.

 

            Ça m’a fait étrange de ne plus le sentir dans mon cou.  Je sens comme un vide, comme une absence.  Je me sens tout agité, tout stressé.  J’ai failli causer un accident, en revenant en voiture, en tournant à gauche comme si j’avais priorité, sans m’en rendre compte, alors que je ne l’avais pas du tout et qu’une voiture s’en venait.

 

            J’ai hâte de partir, et en même temps je ne sais pas du tout vers quoi est-ce que je m’en vais.  Je veux vivre autrement.  Mais comment ?

 

            Devenir moine ?

 

            Je ne sais pas.  Je n’ai personne pour me montrer le chemin.

 

 

 

 

            « May all beings find in themselves the love they are seeking for. »

 

 

 

 

 

10h49.  Dans ma chambre, à St-Bruno.  Le jour de mon départ.

04.03.04

 

            Non, ça ne va pas.  Gorge serrée, prêt à éclater en larmes.  Je ne suis plus sûr de rien, j’ai l’impression de partir trop vite, de ne pas être prêt.  Il me resterait tant de choses à faire.  Tant d’incomplets, de détails à arranger, à mieux régler.

            Je suis encore tellement attaché à tout ce que j’ai.

 

            Et je me sens seul, tellement seul.  J’aimerais me confier, trouver quelqu’un qui me comprenne, mais je ne vois personne autour de moi, je n’ose pas m’ouvrir à ma famille.

 

            J’ai mal au coeur, j’ai peur.

 

 

            Je ne sais pas où je m’en vais, et je ne sais surtout pas si j’ai un endroit où aller.

 

            Existe-t-il un endroit comme celui que je cherche ?

 

 

 

 

 

19h00, Aéroport de Dorval.

04.03.04

 

Dans l’aéroport.  En attendant d’entrer dans l’avion.

 

            Je pars.  Cela me paraissait insurmontable, mais je pars.

 

            Il restait tant à faire.  Cela restera incomplet.  Je ne sais pas s’il est vraiment possible de partir en ayant tout réglé, tout refermé.  S’il est possible d’abandonner une ancienne vie sans rien avoir à abandonner.

 

            Làcher prise sur l’ordre parfait, sur le contrôle total sur sa vie et sur ses possessions.

 

            Mes draps trainent enroulés sur le côté du lit.  Deux ou trois morceaux de linge sale dans le coin.  Quelques piles de livres sur les étagères.  Le CD des photos du dernier party chez Geneviève (Bibi) sur un bureau.  Je n’ai pas trouvé le temps de les regarder.

 

            J’étais mieux préparé que la denière fois.  Mais ce fut tout de même dur, pénible, de m’arracher à ce monde pour repartir en voyage, en route vers l’inconnu.

 

            Un ciel tout noir, ponctué d’étoiles.  C’est vers ceci que j’ai l’impression de me diriger.

 

 

 

 

London  I

04.03.05

 

            J’ai revu mes oiseaux avant de partir.  Ils semblaient bien aller.  Ils étaient tous les deux en vie.  Celle qui les a accueillis a un grand coeur, elle aime les animaux.  Elle en a tout plein.

 

            J’étais triste de les laisser là, d’un certain sens.  Je les aime encore beaucoup.  Énormément.  Vertèbre, la perruche mâle, m’a vu grandir.  J’avais un peu l’impression de les abandonner en les laissant là.  Ils m’ont reconnu, j’en suis certain.  Ils n’avaient pas peur de moi.

 

            J’aurais aimé les reprendre, et vivre avec eux à nouveau, mais je ne veux pas d’attaches.  Et ça me culpabilise un peu, car j’ai l’impression que je pourrais en faire un peu plus pour eux.  Ce sont des êtres vivants, dotés de conscience.  J’ai toujours l’impression que je n’en fais pas assez, que je pourrais donner plus d’attention.

 

 

 

 

            Je suis arrivé à Londres.  Tout coûte horriblement cher.

 

 

 

 

 

Brighton

04.03.09

 

            Tout semble bien aller pour moi.  Tout s’est enclanché comme je pouvais en avoir besoin.

 

            J’ai maintenant une chambre chez Salma, rencontrée au yatra de l’été dernier, en France, et j’ai ma première entrevue pour un emploi demain.  Ainsi qu’une autre après-demain (jeudi), et plusieurs offres d’emploi intéressantes en vue.

 

            Londres était trop chère, beaucoup trop chère – 43$ CAD par nuit pour un lit en dortoir, le logement le moins cher que j’aie trouvé – alors je suis parti à Brighton, là où j’avais l’intention de m’installer.  Beka, avec qui j’ai fait deux retraites en Inde, y habite, ainsi que Corinne, du yatra elle aussi.  Malefu, une Allemande rencontrée en Inde et travaillant à Londres ces temps-ci, n’était pas rejoignable.  J’aurais bien aimé la revoir.  Plus tard.

 

            J’arrive à Brighton, Beka n’est pas là, Corinne répond alors que je désespérais et m’enlignais vers un lit d’hotel en dortoir.  Je suis resté trois jours chez Corinne, qui habite avec quatre autres sympathiques femmes bouddhistes, le temps de me trouver une chambre chez Salma, de postuler pour quelques emplois et de me faire mes premiers repères d’orientation dans la ville et dans les structures sociales.  Ça aide énormément d’avoir quelqu’un de confiance pour aider, guider, répondre aux questions, lorsqu’on débarque dans un pays qui n’est pas le sien pour s’y installer et y travailler.

 

            Tout fonctionne vraiment bien pour moi jusqu’à maintenant.

 

            Il y a juste une chose :  C’est frette !!

 

            C’est humide, c’est froid, ce n’est pas vraiment assez chauffé à l’intérieur (je suis tout emmitouflé dans mon sac de couchage pour écrire) et je n’ai plus de cheveux pour m’isoler la tête.  Et c’est souvent gris, aussi.  C’est l’Angleterre…..

 

 

 

 

Brighton II

04.03.12

 

            Bon, je n’ai pas encore vraiment écrit.  Quoi dire ?

 

            Je comprends maintenant que la bouilloire soit un élément essentiel d’une cuisine anglaise.  Tout va bien quand la bouilloire est sur le feu.

            Et je comprends aussi pourquoi ils boivent autant de thé.  Ça aide beaucoup avec un froid humide du genre.

 

            Je porte ma tuque dans la maison, deux paires de pantalons et présentement quatre chandails, un polar et un coton-ouaté.  Et je suis couvert par mon sac de couchage, en plus.

 

 

 

 

Brighton III

04.03.14

 

            Salma vient de partir pour dix jours.  Pour une retraite.  Les cours d’université à Londres, un essai important à remettre, des problèmes à la maison, la pression, le stress, la température…….  Elle en avait besoin, et elle a eu le courage d’arrêter.

 

            J’ai monté le chauffage.  Il fait 15 ºC en permanence à l’intérieur.  C’est l’humidité, surtout, qui dérange.  Elle empêche le linge à vaisselle de sécher au complet.  Les feuilles de papier sont molles.

 

            Kashka, la chatte toute blanche, vient de se nicher sur moi, sur la couverture, à côté de ma tasse fumante.  De la musique indo-ourdou-arabe sort du lecteur CD.  Il y a plein de disques que je ne connais pas, avec de la musique que je n’ai jamais entendu.

 

            J’ai l’intention de chasser l’humidité, la morosité, et que la maison soit plus chaleureuse lorsque Salma reviendra.

 

            J’ai tendu une corde à linge dans le couloir, de la charnière d’une porte jusqu’à la rampe d’escalier, pour faire sécher mon linge fraîchement lavé.

 

            J’ai un emploi de correcteur de français pour des jeux vidéos en traduction.  Je débute mardi.  Il a fallu que j’aille m’acheter une chemise blanche, des pantalons noirs et une cravate en catastrophe pour l’entrevue.  Maintenant je n’en ai plus besoin, la chemise traîne sur mon sac, à côté des pantalons noirs, la cravate est sur la poignée de porte.  C’est stupide, des conventions comme cela.  Je suis allé à l’entrevue avec mes grosses bottes de marche et mon polar La Cordée, de toute façon.

 

 

 

 

Première journée de travail, Brighton.

04.03.16

 

Je me suis acheté un vélo, hier.  Mes problèmes et limitations de transports locaux sont réglés.  Mon rayon d’action effective vient de s’agrandir considérablement et de façon assez homogène, comparativement à l’ancien squelette de lignes d’autobus que je pouvais auparavant parcourir.  Un mois de passe d’autobus, mon vélo est payé, et ensuite mes déplacements sont l’équivalent de gratuits.  Achetez 1 mois, obtenez-en 11 gratuitement (en supposant un changement de vélo annuel).

 

            Je trouvais qu’il avait fière allure, ce vélo dans ma chambre, attendant seulement d’aller avaler la route sous ses pneus.  J’ai même ouvert ma carte de l’Europe, pour voir à quelle distance était le sud de la France.  Mettons 1000 km, en étant généreux.  Trois semaines, pas plus, si on (je) y va très tranquillement.

 

            Le vélo est tellement un moyen de transport extraordinaire…

            (Un VPH – Véhicule à Propulsion Humaine, comme dirait Dom.  Le moyen de transport le plus optimal en ce qui a trait à la consommation d’énergie par kilomètre, comme dirait Japy.)

 

            Bon, je pars.  Je parlerai de mon travail plus tard.  J’en ai long à dire…

 

 

 

 

Brighton, chez moi, le soir.

04.03.17

 

            Bon, mon travail.

 

            Déçu n’est pas le terme exact.  Désabusé non plus, ni blasé, mais peut-être un peu plus las, révolté et triste à la fois, écoeuré tranquillement.

 

            J’aide à mettre sur le marché des produits complètement inutiles et stupides, mais vraiment complètement futiles et indus.  Indus.  Qui n’ont pas lieu d’être.

 

            Je crois que je ne garderai pas cet emploi très longtemps.  J’espère, en fait, que je ne garderai pas cet emploi très longtemps.

 

            Je teste des jeux pour téléphones portables (cellulaires) et pour consoles (XBox, PS2, GameCube, GameBoy Advance, etc.).  Or, les jeux qu’on m’a fait tester sont tous simplement idiots et abrutissants à jouer.  C’en est dégradant.  Mais ils ont de belles couleurs, de beaux graphiques.  Même pas difficiles, ou suscitant le défi, l’envie de dépassement, non, attirants par leur facilité, par leurs artifices visuels, par l’impression de « progresser » dans une certaine quête suivant des étapes pré-mâchées, toutes aplaties d’avance,  Comme les jeux pour enfants où il faut entrer un cylindre dans un trou rond, un cube dans un trou carré et une forme Tobleronidale dans un trou triangulaire, mais avec des graphiques 3D, des textures et des polygones pleins de couleurs vives animées.  L’effort intellectuel est du même ordre.

 

            J’ai vraiment envie de contribuer à ça, moi ?

 

            En fait, non, ce n’est pas ça qui me dérange vraiment.  Je suis venu ici pour me prostituer, pour échanger de l’argent contre ma force de travail (ou contre mon temps d’existence et de conscience), alors des trucs idiots et inutiles, je peux en faire, je m’y suis préparé.

            Ce qui me dérange, c’est de voir l’ampleur des efforts collectifs, la quantité incroyable de force de travail (ou d’unités Personne-Temps) investis dans un aspect absolument mais complètement accessoire de notre société.  C’est de constater à quel point les ressources de notre monde sont très médiocrement allouées.  Tous ces cerveaux travaillant à bâtir et développer des trucs cons et inutiles (et toute l’immense infrastructure bureaucratique et logistique, sans parler des dépendances côté marketing et publicité, nécessaires pour supporter tout cela).  Tous ces gens qui ne travaillent pas à l’amélioration de notre société et de nos conditions de vie réelles (comme, peut-être :  énergie solaire et autres sources d’énergie propres et renouvelables, systèmes de transports collectifs, techniques de production plus optimales et moins polluantes, méthode de désalinisation de l’eau de l’océan pour en faire une l’eau potable, techniques de fertilisation des déserts, méthodes de réduction des déchets post-consommation et recyclage / réutilisation des déchets en totalité, etc, etc, etc…..).

 

            Lorsqu’on est occupé à garnir d’or notre porte d’entrée, on n’a pas le temps de s’occuper du plafond de notre cuisine qui est à demi effondré.

 

            On pourrait en accomplir des choses, collectivement, si toute notre force de travail était dirigée vers les bons objectifs !

 

            C’est incroyable la quantité d’ingénieurs qui passent des années à concevoir des boulons à tête creuse pour diminuer le poids d’une voiture d’une fraction d’un pourcent, ou une panoplie de gadgets électroniques minisculement utiles (et fondamentalement superflus), ou d’autres gens à effectuer quantité d’autres tâches en absolu inutiles, alors que ce n’est pas le travail réel qui manque !

            Si, dans une famille de 4 personnes, il y en a 3 qui passent leur temps à re-peinturer et à re-designer le salon, cela handicape énormément l’équipe entière puisqu’il ne reste qu’une personne qui peut s’occuper de la maison entière, de remplir le frigo, de faire la nourriture, le lavage, la pelouse, les entretiens…  Si les 4 s’y mettaient, ils pourraient se poser des panneaux solaires, réduire leurs coûts d’électricité, un système de récupération de l’eau de pluie, réduire leurs coûts de taxe d’eau, cultiver un jardin, faire un BBQ avec les voisins….

 

            « Mais ça coûte cher des panneaux solaires, c’est pour ça qu’on en a pas…. »

            Bien c’est ça que je dis, crétin !  Il y a 20 ans, c’était hors de prix et impensable d’avoir une télécommande de démarrage à distance et de déverrouillage des portes pour sa voiture.  Maintenant, ça ne coûte plus rien et ça vient de série avec les voitures neuves (j’avais les portières électriques avec ma Corolla 2002).  Où est concentrée la plus grande masse de cerveaux (ingénieurs, électroniciens, informaticiens, etc.) ?  Combien de centaines de milliards sont investis chaque années dans la recherche et le développement du côté automobile ?  (Et encore du coté militaire ?...)

 

            Moi j’aurais préféré des panneaux solaires.

(Ou une voiture fonctionnant avec l’énergie du champ magnétique terrestre, pourquoi pas ?  Des humains sont allés sur la Lune, vivants, et en sont revenus, et leur ordinateur de bord était moins puissant qu’une calculatrice scientifique d’aujourd’hui valant 25$.....

Vous n’avez pas idée de ce qu’on est capables de faire lorsqu’on investit nos énergies de façon intelligente….)

 

 

 

 

Donc je ne crois pas que je vais rester longtemps à cet emploi-là.  Mon temps de conscience est nécessaire ailleurs.

 

 

 

 

Chez Beka, Rodnell, à 10 miles de Brighton.

04.03.20

 

Le train m’a débarqué à peut-être la plus petite station d’Angleterre :  une toute petite plate-forme entourée d’une clôture, au milieu des champs, pas un seul bâtiment en vue.  Une pancarte devant le pont en bois qui fait franchir une rivière à la petite route en terre et grosse garnotte :  « Caution, weak bridge ».  Super !

 

Beka vit ici, dans un petit bijou de bled minuscule perdu dans les collines de la campagne anglaise.  Ici, pas besoin de barrer son vélo.  Celui de Beka traîne depuis 7 mois juste à côté, sans jamais avoir disparu.

 

Plein d’idées et de trucs intéressants me viennent en tête !  Beka suit un cours de permaculture.  Je feuillette ses notes et son journal…

 

 

 

 

À ma job, Brighton (Hove), UK

04.03.26

 

Je sirote mon chocolat chaud, assis devant l'écran, en attendant que 18h00 arrive.

 

Ah, de l'action ! Je viens de recevoir un courriel !

 

 

Bon, rien de trop important....

 

J'ai débuté ma journée par presqu'une heure de méditation. On m'a dit de m'asseoir et d'attendre. Alors j'ai attendu. Ensuite ce fut la pause. Les gens se sont levés pour aller dehors, alors j'y suis allé aussi. Pour reposer les yeux, à force de regarder l'écran, ça a l'air. Après j'ai cru comprendre que le jeu que je devais tester en français - dans un laboratoire spécial où ne peut y entrer ni papier, ni crayon, ni téléphone ni équipement électronique quelconque, par peur des fuites - n'était, pour une raison ou pour une autre, pas testable aujourd'hui. Alors je suis resté dehors à parler avec une Espagnole un bout de temps. Ensuite on nous a référés à quelqu'un qui nous a convertis en préposés au recyclage. Alors nous avons trié et broyé le papier de recyclage confidentiel (j'ai appris des trucs très intéressants, d'ailleurs) pendant quelques heures.

 

Le dîner m'a permi d'apprécier le bienvenu Soleil, un peu trop rare ces temps-ci, dans un joli et calme parc en compagnie d'une Italienne. Et maintenant je suis rendu ici, après avoir faxé des papiers pour ma caisse populaire qui s'amuse à bureaucratiser (c'est pas trop grave, quand je les appelle, je le fais à frais virés...), magasiné des vols d'avions pour la France ou ailleurs en Europe, vu des photos de mon party d'adieu #2, trouvé une auberge de jeunesse près d'un endroit où je devrai aller et envoyé quelques emails. Il ne me reste que 50 minutes de la journée à passer.

 

Je crois que je serais dû pour une pause maintenant, non ?

 

 

J'irai peut-être au pub tout à l'heure avec les gens d'ici. Je ne bois pas et d'habitude les bars m'ennuient, mais un pub ce n'est pas pareil et la dernière fois ce n'était pas si pire. Il y a un Québécois très sympathique, François, qui a aussi de bien bonnes idées et conceptions, et quelques autres personnes agréables à converser. L'âge moyen au bureau tourne entre 25 et 30 ans, j'ai l'impression. C'était ridicule de venir avec une cravate à l'entrevue. (Y'a un gars avec un chandail "Legalize Murder", l'autre les bras pleins de tatoos, un autre avec un bas de nylon sur la tête, une fille avec un chandail de Kiss les manches coupées et d'autres avec un paquet de piercing un peu partout. Ils sont tous bien sympathiques.)

 

Brighton c'est ça. J'ai vu des cheveux plus colorés ici que je n'en avais vu à Montréal. Des punks, du monde alternatif, des bouddhistes, des foqués, plein de gens.

 

Soit dit en passant, le mouvement punk est un mouvement totalement non-violent. Le "mohawk" sur la tête symbolise la liberté, la puissance. Et non pas l'arrogance et la violence, comme on voit trop souvent.

 

Beaudelaire se teignait les cheveux en bleus, l'avais-je déjà dit ?

 

 

Je viens d'avoir un nouveau soubresaut d'action : Un courriel pour me dire que je travaillerai lundi et mardi. (Je suis "à contrat", via une agence de placement, alors je ne connais pas à l'avance si je travaillerai plus tard. Mais la responsable, une Canadienne, m'est bien sympathique, et les gens autour aussi, alors je ne m'en fais pas. On m'a aussi dit que j'avais eu un bon résultat au test d'aptitude pour rentrer ici.)

 

Bon, 30 minutes.....

 

Je crois que je vais aller voir ailleurs si j'y suis....

 

 

 

 

Brighton, chez Salma

04.03.27

 

            « This is the strangest life I’ve ever known.... »

                        The Doors, Waiting for the Sun.

 

 

 

 

Brighton

04.03.28

 

            J’ai passé la journée avec Corinne, à marcher en vélo sur le bord de la mer.  Il faisait Soleil, il faisait beau.

 

            J’ai réparé leur ordinateur, de quelques clics magiques aux néophytes.  J’ai rempli mon sac à dos de fruits et légumes achetés au marché.  Pour £10, j’avais un sac plein à craquer qui pesait au moins 10 kilos.  Cela me fera la semaine entière, et plus.

 

            Nous avons écouté un film en allemand, sous-titré en anglais.  J’étais à Berlin, de l’autre côté du mur.

 

            J’ai trempé mes bottes dans la mer, j’ai bu de l’eau salée.  Assis sur les galets, nous avons écouté les vagues gravillonner.  Des roches pleines de trous, des coquillages que je n’avais jamais vus.

 

            J’habite maintenant à Brighton, en Angleterre.  Je connais la ville, j’ai mon vélo, je travaille à quelque part, j’ai une adresse, un numéro de téléphone et un compte de banque.

 

            Quand je pars de chez moi, en vélo, mes yeux pleurent en descendant la longue et oblique rue à toute vitesse, et les traces de larmes sèchent horizontalement du bas de mes temps jusqu’aux oreilles.

 

 

            Le monde est si vaste.  Il y a tant à voir, tant à vivre.

 

            Tant de jeunes demoiselles à rencontrer, tant d’amitiés à développer, tant de contrées à explorer, tant de paysages à contempler, tant de situations invraisemblables à être vécues, tant de vies à vivre en une seule…..

 

            J’ai soif de vivre !...     J’ai faim de la vie !

 

 

            Si vous n’aviez qu’une seule vie à vivre comment la vivriez-vous ?

 

 

 

 

Brighton, le soir, après un bon repas de pâtes avec une sauce de légumes au fromage.

04.03.31

 

            Je viens de monter d’un cran dans la hiérarchie des classes sociales.  Je viens d’acheter du fromage à l’épicerie.  J’en ai maintenant les moyens.

 

            Tout compte fait, la nourriture ne me paraît pas si dispendieuse.  (Le « tout compte fait » inclut un salaire payé en livres sterling.)  Comparativement aux autres dépenses (surtout le logement), elle me semble même assez abordable.  Londres et ensuite Brighton sont dits être les endroits où le coût de la vie est le plus élevé en Angleterre.  Le prix des logements est simplement faramineux, surtout lorsqu’on tire ses fonds d’une devise plus faible (à peu près toutes les autres devises).  Comme point de référence, je payais auparavant 500$ CAD (dollars canadiens) par mois pour un appartement de 5 pièces à Longueuil, sur la Rive-Sud de Montréal, et j’y habitais seul.  C’était un bon prix, je l’accorde, mais ce n’était pas le moins cher non plus.  Ici, à Brighton, je paie 875$ CAD par mois pour une seule chambre semi-meublée, froide et humide, dans une maison inconnue sur une rue quelconque.  (En Inde, à Rishikesh, je payais 50$ CAD par mois pour une petite chambre d’hôtel…)

 

            Mais bon, si j’accepte de payer ces loyers de fous et de rester ici pour travailler, c’est que cela en vaut tout de même la peine.  Mes dépenses sont minimales (à part la bouffe, je n’ai pas vraiment d’autre catégorie de dépenses), et les salaires sont intéressants pour quelqu’un qui vient d’un pays plus pauvre.

 

            L’essence coûte la même chose qu’au Québec quand je suis parti.  Autour de 77 ou 78 le litre.  Mais ici c’est en pences (« p », le 100e d’une livre sterling (« £ »)), pas en cennes (« ¢ », le 100e d’une piastre (« $ », ou « dollar »)), alors ça revient à deux fois et demie plus cher que par chez-nous.

 

            L’électricité est à 6,30p/KW*hm donc c'est à peu près le même phénomène (au Québec l'électricité est à 5 ou 6¢/KW*h).  Pour le gaz naturel - qui chauffe à peu près tous les bâtiments et toutes les cuisinières -, je ne connais pas les prix.

 

            Le prix de l'énergie et de l'espace est beaucoup plus élevé ici qu'au Canada.  (Ça m'amuse d'écrire « ….au Canada », parce que quand je parle à d'autres gens ici et que je compare au Canada, souvent je vois qu'ils associent le Canada à de grands espaces sauvages et infinis et à la police montée. « Est-ce que c'est dangeureux de se promener dans la forêt, au Canada ? »  Il y en a qui seraient déçus si je leur disais qu'on ne porte plus le chapeau d'poil trop souvent et que les caribous c'est sur les 25 cennes qu'on les voit.)

 

            Ça fait drôle en tout cas de voir la face de la Reine (et puis exactement la même, en plus, des 3 modèles d'âge que l'on connaît bien) sur les pièces de monnaie, sur les timbres et sur les billets de £20 (l'équivalent d'un 50$ canadien, où on pouvait auparavant y voir la police montée, justement).  Il me semble que cela doit être déprimant de voir sa figure partout sur les billets, comme cela.

            Tiens, d'ailleurs, je me demande si la Reine manipule vraiment des billets de banque ?  Arrive-t-il qu'elle doive « acheter » quelque chose en sortant son porte-monnaie elle-même, ou bien si ses serviteurs le font à sa place ?  Elle ne va tout de même pas aller chercher un pain au dépanneur toute seule !  Alors quand, sinon ?  Pour payer l'essence de la voiture ?  Pour donner de l'argent de poche au prince ?

 

            Cela me fait réaliser à quel point sa classe sociale est éloignée de la mienne, presqu'inatteignable.  Je ne suis pas de la noblesse.  Je suis quelqu'un du peuple, je dois travailler pour ma survie.  Je dois vendre ma force de travail en échange d'autres biens.  Les nobles, eux, ne font que posséder.

 

            J'ai lu ou entendu une phrase, il y a très longtemps, sans me souvenir exactement de qui cela provient :

 

            « On ne naît pas noble.  On le devient. »

 

 

 

 

            « Le sceptique est un homme qui ne se doute de rien. »

                        Paul Claudel

 

 

 

 

04.04.07

 

 

« Donne un poisson à un homme, il se nourrira un jour.  Apprends-lui à pêcher, il se nourrira toute sa vie. »

 

La même chose est valable pour la santé.

 

Soigne un malade, il sera guéri une fois.  Apprends-lui à bien vivre, il sera guéri pour la vie.

 

 

Qu'est-ce que « bien vivre » ?

 

De plus en plus, je crois le savoir.  Ou, à tout le moins, je sais vers où aller chercher.

 

 

 

 

Chez Chris.  Chez moi.

04.04.17

 

            La Sonate au Clair de Lune résonne dans ma tête, comme elle l'a fait dans la maison ce matin.  Le ciel est d'un bleu foncé, luminescent, simplement au-dessus des nuages à l'ouest, pendant que les premières étoiles brillent et qu'une, en particulier, m'éclaire et me regarde.

 

            Le poisson bleu.

 

            Je me cherche encore.  Je ne sais trop ce que je suis.  Seulement une forme diffuse en tête, une idée vague.  Je ne suis plus la personne qui a écrit, il y a nombre de pages auparavant.  Je ne suis plus le jeune voyageur découvrant l'Inde tel que je l'ai fait.  Ces récits ont leurs failles, leurs personnalités, leurs incertitudes, et elles ne sont plus exactement les miennes.  C'était une des personnes que je fus, mais ce n'est plus moi.

 

            Je navigue dans ces souvenirs, dans les circuits de ma mémoire, avec un œil différent, étranger.

 

            Étranger à soi-même.

 

 

            Ici débute l'histoire, le récit, d'une aventure épique qui n'aura peut-être jamais existée, mais, si tel est le cas, c'est uniquement parce qu'on aura refusé d'y croire.

 

            Sur la plage, au milieu de nulle part, j'attendais une femme.  J'attendais une amie.

            J'étais seul.  Il y avait la mer, le vent, les forts nuages et les goélands.  Puis les galets, qui roulaient sous l'écume des vagues.  L'humidité salée, adoucie par le clair Soleil.

 

            Assis sur une table de pique-nique, les pieds sur le banc, l'océan était devant moi, mon vélo à côté.  J'avais l'immensité entre les bras, au bout de mon inspiration.  Je l'ai toujours.  Elle est conservée au fond de mes poumons, loin dans ma tête, au creux de mon cœur.

 

            J'étais sur un quai, j'étais sur une jetée qui s'avançait loin dans l'océan azulé.  Il n'y avait rien autour de moi, rien que l'immobilité fluctuante du temps, les flots et remous de l'espace.  C'était le jour ou c'était la nuit, il n'y avait personne pour le savoir.  La Lune brillait, éclairait le Soleil.

 

            Ainsi que la plaine autour de moi, entourée des falaises de l'horizon.

 

            On entendait le silence qui grésillait.  L'air sentait le vide, la beauté aveugle.

 

 

            Et tout n'était plus.  Qu'un seul point.

 

 

 

 

Kemsing, SevenOaks, Kent.

04.04.20

 

            L'Angleterre est un vieux pays.  Une vieille île, un vieux morceau de terre.  Âgée, usée.  On y sent le poids des années, la lourdeur d'un empire déchu.

 

            Jusque dans la tristesse des chemins, dans la teinte des verts, dans l'architecture des bâtiments, dans le pendouillement des feuilles aux arbres, dans l'aspect des nuages, dans les couleurs de la campagne, on le sent.

            Dans le pas des passants, dans la massivité orthogonale des églises, dans l'agencement des jardins, dans les traces d'une époque ancienne qui n'est plus, cela se voit.

 

            Le passé est lourd pour l'Angleterre et ses habitants.

 

            La vie n'a pas toujours été calme ici, ou à quelque part ailleurs sur la planète.

 

 

            J'ai compris un peu l'Inde en voyant l'Angleterre.

 

 

 

[Ceci termine le cahier noir qu'un moine m'avait donné, l'été dernier, sur le Camino de Santiago.  Il m'a accompagné longtemps, ce cahier, il en a fait du chemin avec moi.]

 

 

 

Train de SevenOaks vers Brighton

04.04.23

 

Appuyé dans l'embrasure de la fenêtre du train ouverte, alors qu'il s'ébranle, je vois l'autre train, au-delà d'une plate-forme, qui part, lui aussi, mais dans une autre direction.  Séparés par un train immobile, au milieu, je n'aperçois que de brèves images, au travers des fenêtres brièvement juxtaposées et puis, au bout de ce mur temporairement immobile, je vois l'autre plate-forme toute vide.  Elle est partie.  Comme si elle n'avait jamais existée.

 

Quelques échanges, quelques rencontres au cours de ces quatre jours de formation ensemble, et une soirée à parler, tous autour d'une table, à leur hôtel, jusqu'aux petites heures du matin.  Avant que je me lève, à peine quelques heures plus tard, faire une heure de vélo pour ramasser mon sac à dos à une auberge de jeunesse dans une autre ville, pour la dernière journée de cours.  Notre dernière soirée tous ensemble, groupe hétéroclite mais agréable, avant de se fragmenter à travers tout le Royaume-Uni et le monde, vers nos vies, vers notre travail.

 

Elle, elle était jeune, vive et chaleureuse, connaissait la méditation, le yoga, aimait la montagne, les grands espaces.  Et, le dernier soir avant de se séparer, son étreinte m'en disait beaucoup.

 

Un pincement de cœur, donc, à la gare, lieu de tous les adieux, alors que la longue et lourde machine de la vie s'ébranle et que nos voies s'en vont contraires.

 

Pas tout à fait contraires, en fait.  Plutot parallèles, même, pour un temps, mais moi vers le sud et elle vers le nord.

 

Et agréable, rassurant, presque, de remarquer que nos tracés, quoique non juxtaposés, sont tout de même orientés de manière très semblable.  Cotoyé et être cotoyé par des gens qu'on reconnaît, qui tendent vers des idéaux similaires même s'ils sont parfois latents et attendent d'être formulés clairement, d'être exprimés à partir du bouillon d'une vie.  Parfois on peut voir au travers des gens des choses dont ils ne sont pas encore conscients.  On peut voir un peu de leur avenir, comme on peut lire les lignes de la main ou le cours d'une rivière.

 

 

Je n'ai pas pris la peine de rentrer à mon hôtel, tard la nuit dernière.  Je savais que la porte serait barrée.

 

 

Assis par terre dans mon wagon de train, au pied de mon sac et de mon vélo, la fin de l'après-midi s'étire entre les ponts de brique, les arbres et les brousailles, sous les nuages un peu pâles et diffus qui m'ont une saveur de l'Inde.

 

 

 

 

"We will keep in touch", que nous nous sommes tous dit, le souhaitant sincérement, mais sachant en même temps, quelque part au fond de nous, que nous ne le ferions probablement pas.  Plein de projets, plein d'idées, plein de bonnes intentions, parfois trop rapidement exprimées.  Mais je n'en veux pas à personne, je ne m'en veux pas non plus.  Ainsi va la vie, ainsi sont fait les hommes.

 

 

 

 

Des bouffées d'odeur de pot fumé m'arrivent, maintenant assis à attendre dans une gare.  Ça sent le printemps.  Il arrive, l'été s'en vient.

 

 

 

 

Je vois ses yeux qui brillent, pétillants, son mince sourire et sa tenue bien rangée, de mise pour l'occasion.  Ils sont là, dans ma tête, derrière mon épaule et me suivent.

 

 

 

 

Newport, Isle of Wight

04.04.28

 

            Je pense aux gens que j'ai rencontrés, au fil des années, particulièrement ces dernières, aux contacts et aux liens que j'ai créés.  Des amis très chers à moi, que je serre mentalement dans mes bras.  De la chaleur humaine que j'ai partagée avec eux.

 

            Des gens parfois étranges, spéciaux, qui ont un quelque chose que d'autres n'ont pas.  Ou peut-être que tous ont un quelque chose de particulier, mais qu'il reste souvent encore à être exprimé, à être dévoilé.

 

 

            Je débute une autre période, une autre phase, peut-être.  Je n'ai plus de véritable adresse fixe, je n'ai plus de réel chez-moi hors de mon sac à dos, à nouveau.  Je ne demeure plus à Brighton.  Je suis maintenant un simple "assistant aux soins personnels" (Personal Care Assistant), probablement comme un préposé aux bénéficiaires, pour des personnes devenues tétraplégiques (paralysées des quatre membres) suite à une blessure au dos.  Je demeure à leur domicile et fais pour eux ce qu'ils ne peuvent faire seuls (c'est-à-dire à peu près tout).

 

            C'est ce que je ferai pour les prochains mois.

 

 

 

 

Plymouth

04.05.05

 

Je suis au théatre. Il y avait un ordinateur inoccupé dans le hall d'entrée, un Athlon 2600+ avec 512 Mo RAM et un écran plat. Alors je me suis assis devant pour l'utiliser.

 

J'attends mon client. Il fait du théatre. Je dois le ramener chez lui. Il est quadraplégique, alors je conduis sa voiture. Ça fait bizarre de conduire de l'autre côté de la route. Et il faut détacher sa ceinture avec la main gauche, et non la droite, après avoir éteint le moteur. Je me trompe tout le temps.

 

[Nom non divulgué, pour cause de confidentialité] n'a pas trop bronché quand je lui ai dit que je n'avais encore jamais conduit à gauche. Et que la dernière voiture manuelle que j'ai eu, bien, c'était il y a plus d'un an et demie.... C'était assez drôle au début, mais là ça va.

 

 

Je suis donc rendu un "Personal Care Assistant", pour des quadraplégiques (qui le sont devenus suite à une blessure à la colonne vertébrale). Je suis leurs bras et leurs jambes. Je leur aide à mener une vie la plus normale possible. Et ça inclut faire pour eux tout ce qu'ils ne sont pas capables de faire.

 

Je n'habite plus nulle part, j'habite chez mes clients. Un à la fois, pour une période d'une semaine ou plus. On me fera voyager dans tout le Royaume-Uni, selon les besoins. Maintenant je suis à Plymouth, à l'ouest complètement, toujours sur la côte sud. J'ai quitté Brighton, ville que j'aimais bien.

 

Bon, il est arrivé, je dois partir.... 

 

 

 

 

 

Plymouth

04.05.06

 

            La Neuvième de Beethoven…..

 

            Cela faisait longtemps.

 

            Ça fait du bien.

 

 

            Seul, un soir, dans la petite chambre qui n'est la mienne que pour un temps, à l'autre bout du monde, ou presque, avec dans l'air, impalpables, ces mélodies vieilles de quelques siècles.  Beethoven, je le connais, c'est mon frère, c'est mon ami.  C'est mon compagnon.  Nous avons traversé de grandes époques ensemble.  Vécu de fortes expériences, silloné toutes ces années, toutes ces contrées.

            Je me souviens clairement  de maintes fois où, comme ce soir, j'ai écouté la Neuvième.  Ou la Septième, ou la Cinquième….

 

            Couché sur Myosotis, hors du temps, j'ai commencé à aimer cette musique.  J'étais cette musique, je la comprenais.  Elle était logique, naturelle, coulante comme une chaude rivière.  Elle avait sa place, elle était ce qu'elle devait être.

 

Je l'ai peut-être un peu écrite moi-même.

 

 

            ….À ce moment j'ai su que j'étais l'un d'eux.

 

 

 

 

04.05.10

 

            Regarder le temps qui passe, la mince aiguille des secondes, une à la fois.

 

            La regarder tourner.  Lentement.

 

            Encore.

 

            Une seconde à la fois.

 

            En attendant que mes lentilles cuisent.

 

            Une seconde.  De plus.  Et une autre.  Rien qu'une…

 

 

 

 

            Le robinet qui coule, en arrière de moi.  Une personne que je ne connais pas, qui à décidé de ne pas me connaître.  Je n'existe pas.

 

            Et la hotte de ventilation qui vrombit, qui bruyanne.

 

 

 

 

            Qu'est-ce que l'amour, encore une fois ?  Et l'amitié, l'affection ?

 

            L'amour est-il souhaitable ?  Oui.  Mais quel type d'amour ?  Et comment éviter les blessures, les destructions possibles ?

            Et le désir, et la passion ?

 

            se situe la libido dans le grand casse-tête qu'est la réalité ?

 

 

 

 

            Quand la lune tombe, personne ne peut la rattraper.

 

 

 

 

Dorchester

04.05.17

 

            Je sais encore moins de choses qu'auparavant.  J'en ai encore moins à dire.

 

            Ça ne vaut peut-être même pas la peine de l'écrire.

 

 

            Je ne sais pas ce qui s'est passé ces derniers mois, ni ce qui est en train de se produire.  C'est une vie, ici, qui m'est bizarre.  Étrange et bizarre parce que normale, simple, dans le sens de dénudée de grandeur.  Je connais peu de gens.  Encore moins me connaissent.  C'est une vie qui n'est pas la mienne, en quelque sorte.  Je ne prévois pas la faire prolonger de la sorte.  Rien ne me retiens ici, je n'appartiens pas à l'Angleterre.  Je ne fais que passer.

 

            Je n'ai aucunement l'intention de m'établir ici.  Les gens semblent froids.  Polis, mais froids.

 

 

            Une de mes rares ami(e)s ici est Rachel.  Je ne sais pas trop quoi penser d'elle.  (Alors j'essaie de ne pas me faire d'opinion inutile.)  Je ne la comprends pas complétement.  (Comme bien des gens, d'ailleurs.)  Je ne sais pas trop où elle s'en va, ni ce qu'elle veut.  (Je ne le sais pas pour moi non plus, de toute façon.)  Elle est très ouverte, consciente, perspicace, intelligente, je dirais.  Et simple, gentille, franche.  Il me semble que l'Angleterre n'est pas trop sa place.  Elle est ici pour son travail, en quelque sorte.  Mais je ne sais pas trop où elle devrait être.  Je ne vois pas trop dans quelle direction elle devrait aller.  Elle aussi cherche, je crois.

 

 

            Tous les gens avec qui je m'entends bien sont des "marginaux", des bizarres, des étranges, des excentriques, des phénomènes, des mutants sociaux, des mésadaptés, des presque génies ou des gens très simples.  Rarement des gens dits "normaux".  (Encore là, qu'est-ce que la normalité, et existe-t-elle vraiment ?  Disons que cela pourrait être le comportement d'une personne recherchant ou tendant vers le modèle idéalisé proposé par cette société occidentale.)

 

            À mes yeux, il me paraît bien normal d'être "anormal".  Et même anormal d'être normal, ou de vouloir l'être, dans ces conditions, dans ces lignes de pensée ou ces visions de la réalité dites "généralement acceptées".  Il est intéressant de noter la définition de "perversité" :  Quelque chose comme (de mémoire) :  "Nom de la caractéristique de ce qui ne suit pas ou même s'oppose aux coutumes et/ou croyances établies et/ou généralement acceptées."  Une interprétation plus large serait :  "Se dit de ce qui va à l'encontre de ce que pensent les bien-pensants, les bonnes gens."

 

            Je suis donc - et ce n'est pas uniquement un jeu intellectuel sémantique visant à prouver qu'une orange n'est pas ronde -, et ce sous bien des aspects, profondément pervers.

 

 

            (Mais si on prend "pervers" comme étant la caractéristique d'une attitude ou d'une façon de faire qui qui avilit la personne dans son humanité ou qui va à l'encontre du gros bon sens et ce à un point où c'en est nuisible, néfaste ou dommageable, alors la société occidentale dans sa grande majorité est démesurément perverse.)

 

 

 

 

            Encerclez l'erreur (comme dans les jeux pour enfants ou les tests de QI) :

 

-         Un homme malade

-         Une jeune fille malade

-         Une dame malade

-         Un viel homme malade

-         Un enfant malade

-         Une personne en santé

-         Une demoiselle malade

-         Un adolescent malade

 

 

 

 

"Mieux vaut régner en enfer que de servir au paradis."

- Le capitaine du Loup des mers, un film que j'ai vu il y a très longtemps.

 

Je ne suis pas d'accord.  Pas du tout.

 

 

 

 

04.05.18

 

            Le cadran sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne, sonne et puis s'en va.

 

            Il est beau l'horizon, il est loin.

 

            Par ici, par là-bas, peu importe.

 

            Si l'on prend une poignée et que l'on en remet deux, rien n'aura changé.

 

            J'aimerais aimer quelqu'un.

 

            La voie de l'artiste ?

 

            Cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie, cacophonie.

 

 

            Suis-je fou ?  Suis-je fou ? suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ? Suis-je fou ?

 

 

 

 

 

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?

Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  ? ej-sius iuQ  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  ? EJ-SIUS IUQ  ? ej-sius iuQ  Qui suis-je ?  QUI SUIS-JE ?  ? EJ-SIUS IUQ  ? EJ-SIUS IUQ  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?  Qui suis-je ?………

 

 

 

 

Tunbridge Wells I

04.05.27

 

            Je recommence à vivre, on dirait.  Je recommence à être touché par ceux autour de moi, à être sensible.  À pleurer, ou presque, en voyant un reportage sur des guerres en cours dans le monde.  Un reportage parmi tant d'autres, quelques combattants de la liberté, certains avec la moitié de mon âge, d'autres ne sachant probablement pas lire, d'autres encore étant des soldats professionnels, tous des fusils à la main, tirant des balles détruisant des vies et des existences entières.  La moitié de ces gens-là, peut-être, ne seront plus en vie à pareille date l'an prochain.  [Ndf :  J'ai appris le lendemain qu'une de ces personnes, un petit garçons d'Afrique dont je ne sais pas le nom, tout fier d'avoir un fusil à la main et d'être entouré de ses camarades, s'est fait abattre la semaine suivant le tournage de ce reportage.]

            Peux-tu me passer le fromage, svp ?  Encore un petit peu plus….

 

 

            Ça me fait mal de voir cela.  Non, de savoir que cela existe.  Et que j'en suis un peu indirectement responsable.  Parce que je laisse faire.  Qui ne dit mot consent.

 

 

 

 

            Comment décrire l'évolution qui se produit ?  D'un sécheresse, d'un temps creux, j'ai l'impression de sentir mon cœur renaître.  De sentir l'eau, la vie, la chaleur affluer à nouveau.

 

            J'espère encore.  Tout ne me semble pas perdu.  Je vois un avenir, je vois des avenirs.

 

 

            Findhorn est réapparu dans ma vie.  Paf !, tout d'un coup.  Il faut que j'aille là-bas.

 

            J'ai changé tous mes plans pour les prochaines semaines, je pars au nord de l'Écosse, à un millier de kilomètres d'ici.  J'y vais dans une semaine.  J'espère.

 

 

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            Je pourrais peut-être écrire des livres, des romans.  Remplir des lignes comme on verse un verre d'eau.

 

            Mais quoi écrire qui vaille la peine d'être lu ?  Ai-je vraiment quelque chose à dire ?

 

            Il me semble que tout a déjà été dit.  Tout ce qui était important.  Le reste n'est que variation sur un même thème, exercises de style.

 

            Tout le reste est beaucoup trop compliqué inutilement, d'ailleurs.

 

            La seule chose qui mérite vraiment d'être dite, la seule chose qu'il faut vraiment comprendre, c'est :

 

            .

 

 

 

 

Tunbridge Wells, Kent.

04.05.31

 

J'ai ajouté quelques photos, il y a quelques temps de cela.

 

Je travaille toujours au même poste.  Ça fait plusieurs semaines en ligne (5) que je n'ai pas eu de vrai congé.  Ce n'est pas grave, ça me va.  C'est ce que j'ai choisi.

 

Je pars en Écosse dans quelques jours.  Je vais à Findhorn.  (www.findhorn.org)  Quelques rencontres et événements se sont succédés rapidement devant moi, et je me suis dit qu'il fallait que j'aille là-bas. Alors j'ai changé mes plans et je m'en vais en Écosse.

 

Ensuite, je ne sais pas ce qu'il va arriver.  Peut-être Stonehedge pour le solstice d'été, peut-être pas.  J'essaie de ne pas choisir, de ne pas décider, de laisser les choses venir et se décider d'elles-mêmes.  Sans être passif non plus.  La distinction est parfois mince à saisir.  J'ai Rachel à revoir, aussi.

 

 

Le client dont je m'occupe ici est très sympathique.  De longues journées, mais il n'est pas trop exigeant.  Je dois me lever deux fois durant la nuit pour m'occuper de lui.  Ça, c'est plus difficile.  On dirait que ça fait très longtemps que je suis ici, alors que ça ne fait que 10 jours....

 

 

J'ai peu écrit ces temps-ci.  Je ne sais plus trop que penser de ce journal.  Je ne sais plus si je peux vraiment tout écrire, tout dire.  L'Angleterre me semble trop proche du Québec, d'une certaine façon.  C'est plus facile d'écrire quand on sait le lecteur inexistant.  Mais ici il existe, il peut être affecté, il peut réagir.

 

Et il y a toujours cette idiote conception d'une "apparence" à maintenir, à sauvegarder.  La recherche que je fais, la quête que je mène est "bien", ou "bonne", parce qu'elle se fait quand même dans les limites de l'acceptable.  Outrepasser ces limites, et ce ne serait plus du tout la même chose.  Ce serait de l'infamie, de la perversion, une étourderie, un manque de jugement.  Ce ne serait pas acceptable, pour les bien-pensants.

 

Crisse....  Ça me fait royalement chier d'avoir l'impression de devoir rester dans le politiquement correct.

 

C'est pour ça que je ne sais plus trop quoi faire de ce journal.  Devrais-je tout dire, tout écrire, au risque de me faire renier et mépriser par des gens qui me tenaient, peut-être, en estime ?  Ou laisser ces pages s'enfoncer dans une correctitude mortelle et vide de sens, de contenu réel ?

 

Parce que oui, ce que je pense peut choquer.  Et oui j'ai des idées complètement politiquement incorrectes.  (Un exemple ?  Je ne suis pas d'accord que l'inceste soit nécessairement absolument mauvais, horrible et répugnant.  Est-ce que ça choque, une idée comme celle-là ?  Et si je prétendais qu'il y aurait même la possibilité que cela soit bon et souhaitable ?)

 

Et je ne suis pas fixe et immuable non plus sur mes idées, mais je ne me restreins pas à les censurer par peur de la perversité.  Je ne me limite aucunement d'aller tâter les interdits ou les pires tabous sociaux.  Ne pas aller les confronter, les tester, serait, au contraire, la mort de la vraie liberté de pensée, la soumission à un conditionnement social que je considère comme étant malsain.

 

Mes idées et conceptions sont probablement aussi perverses et inacceptables que pouvaient l'être celles de Copernic et Galilée, à leur époque.

 

Alors je ne sais pas trop quoi faire de ce journal.....  Je ne sais pas encore si je lui fais garder sa raison d'être...

 

 

 

 

Dans le bus Londres -> Glasgow

04.06.04

 

            Hier j'étais à Londres.  J'y ai revu François, rencontré au Yatra l'année dernière.  Il était en Angleterre pour quelques semaines, avant de retourner en Asie.  Quel parcours extraordinaire il a eu, ce François…

 

            Il a 31 ans, il en paraît 25.  C'est quelqu'un d'une grande sagesse, un être bon, juste et humble.  C'est quelqu'un que je me sens honoré de connaître.

 

 

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            Je crois que je n'ai pas reparlé de Rosa et Ernest, l'année dernière, durant mon premier voyage.

 

            Ce sont deux Espagnols que j'ai rencontrés à SatTal, en Inde.  Nous avons fait une retraite de méditation ensemble.  Je me trouvais sur la route, un peu perdu, essayant d'expliquer au chauffeur de la Jeep l'emplacement de l'ashram où je voulais me rendre.  Une autre Jeep s'est arrêté, en sens inverse.  Elle allait à l'ashram.  C'était Rosa et Ernest.

 

            Nous avons parlé un peu.  Je leur ai donné du Reiki, à chacun d'eux, durant la retraite.  Je ne les connaissais pas beaucoup, mais je les connaissais.  Ils étaient, à ce qu'on m'a dit, un couple parfait.  Ils étaient ensemble depuis longtemps.

 

            Après notre retraite, ils sont partis au Népal, pour faire un trek, et je suis allé à Almora (Pappershali) pour quelques semaines, avant d'aller moi aussi au Népal.

 

Ils étaient ensembles en trek, tous les deux, à plusieurs jours de marche d'une route, dans les hautes montagnes des Himalayas, peut-être sur le même sentier que j'ai parcouru plus tard.  Une grosse roche s'est détachée, est tombée, a frappé Rosa.  Elle est morte sur le coup.  Comme cela, simplement.

 

 

J'ai appris la nouvelle durant l'été, au Yatra.

 

 

            Je n'ai pas de morale à apporter à cela.  Je n'ai rien à dire.

 

 

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            Voir sa vie en fonction d'une structure rigide et immuable graduée en secondes, minutes, heures, jours, semaines, mois et années, c'est un peu comme regarder un paysage magnifique au travers d'un moustiquaire.

 

 

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            Ah oui, j'oubliais….:  François avait avec lui une boussole identique (à quelques détails mineurs près) à celle que je porte presqu'en permanence sur moi…..

 

 

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            "To make God laugh, show Him your plans…."

 

            "Pour faire rire Dieu, montre-Lui tes plans…."

 

 

 

 

Gare d'Inverness

04.06.05

 

            30 minutes avant mon train.  Je m'en vais à Findhorn.

 

            Même s'il y avait du bruit dans mon auberge de jeunesse (hostel) hier, j'ai bien dormi.  Même si je n'ai pas dormi mes 8 heures  réglementaires, ça m'a reposé.

            C'est un luxe immense, c'est un grand soulagement que de pouvoir dormir d'un seul trait, sans devoir se réveiller en cours de route.

 

 

 

 

            C'est une belle journée.  Il fait beau, chaud mais pas trop, avec un vent de la mer.  L'Écosse est plus au nord, il y a des conifères, de vieilles montagnes, la végétation est plus aride, plus tenace.

 

            Ce sont des paysages qui me semblent plus familiers, plus accueillants.

 

            J'espère que je serai chez moi, ici.

 

 

 

 

Findhorn, jour 2

04.06.06

 

            Je me sens seul.

 

            Je me sens incertain.  Je me sens perdu.

 

            Je me sens sans patrie, sans "chez-moi".  Dépourvu.

 

            Je me sens émoussé, froid, insensible.  Je me sens bizarre.

 

            Je me sens épuisé, vidé.  Je me sens seul, solitaire, sans ami, sans compagnon.

 

 

            Je ne sais pas si je suis ici chez moi.  Je ne sais pas si je suis accepté, si j'appartiens à ce monde.  Je ne connais pas ce qu'est la Fondation Findhorn, alors je ne sais pas si j'y ai place.

 

 

            Je n'ai pas de révélation sublime à propos de quoi que ce soit, et j'ai l'impression que j'en attends une.

 

            Tous ces gens, tous ces lieux me semblent étrangers, inconnus.  Mais accueillants, ouverts.  Je n'ai senti aucune rejection, aucune répulsion.  Je m'y sens bien, mais je ne connais pas l'endroit.

 

            Est-ce ma maison ?  Est-ce mon "chez-moi"?

 

 

 

 

Jour 5

 

            Expérience intensive au son d'un tambour shamanique.

 

 

 

 

Findhorn

Jour 6

 

Findhorn est un lieu puissant, intense.

 

La Fondation Findhorn est quelque chose de vivant.

 

Bien des choses de ce qui se passent ici ne peuvent s'écrire avec des mots.  Et, de toute façon, le cadre de référence réalitaire usuel est trop étroit pour cela.

 

Mais ce ne sont que des mots.  Je m'en fous un peu.

 

J'ai trouvé un endroit….

 

 

 

 

Cluny Hill College, The Findhorn Foundation, Écosse, jour 7

04.06.11

 

Terminé.  Cette "Experience Week" s'est terminée.

 

 

Un moment intense dans ma vie que cette semaine.  Tant de choses se sont produites, à l'intérieur....

 

J'ai trouvé une maison, peut-etre, un territoire où je suis bien.  Un des endroits auxquels je sais appartenir.

 

Il y a une magie en Écosse, une essence subtile qui imprègne l'air, les choses, le vent et la forêt.  La roche peut nous parler, les elfes nous accompagner.  Et les anges....

 

 

Il y a une force ici, une puissance.  Elle couve, pour germillonner là et quand il le faudra.  Des temps intéressants s'en viennent.  Le monde est en changement.  La Terre se réveille...

 

 

Par-delà les océans, traversant les montagnes, escaladant les nuages, jouant avec les tempêtes...

 

Il n'y a pas de meilleur moment pour être en vie, pour être conscient...

 

 

 

 

The Park - Findhorn Foundation, Scotland

04.06.16

 

            J'ai trouvé une famille.

 

            On me connaît, ici, on me reconnaît.

 

            La soirée passée avec Micaella, la veille de son départ, près du moulin à vent (l'éolienne).  Les adieux simples, car ce n'est qu'un au-revoir.

 

            J'ai eu deux gâteaux pour ma fête aujourd'hui.  C'était formidable d'avoir mon anniversaire ici.  Les gens m'apprécient, cela se voit et se sent.

 

            Erin.….  Quelqu'un d'important.

 

 

 

 

            C'est tellement agréable, soulageant, presque, de se voir reconnaître par certains personnages-clés ici.

 

            Tout de suite, je sais que je suis à ma place, que je suis parmi mes semblables.

 

 

 

 

            "Combien de temps faudrait-il pour être capable de reconnaître individuellement, les yeux fermés, chacune des pierres de cette plage ?  Alors seulement j'ai eu une appréciation de ce qu'était Dieu."

                                                                                  - Nick

 

 

 

 

Solstice d'été - Findhorn

04.06.20

 

            Je devais partir d'ici hier, je crois.  Mais je suis resté.

 

            Je devais peut-être prendre un train ce matin, mais j'étais trop bien là où j'étais, alors je suis resté.  Dans les bras d'une jeune et charmante demoiselle, en fait.

 

 

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            J'ai envie de rester ici.  Je crois que je vais partir, mais j'ai envie de rester.

 

            Mais rester serait, pour le moment, s'accrocher à un rêve.  À un de ces insaisissables qui perdent toute consistence et se dissolvent lorsqu'on essaie trop de les retenir, de les emprisonner.  Comme l'amour.  Comme la beauté.  Comme le bonheur.  Ils se doivent d'être libres, éphémères comme la rosée ou solides comme une montagne s'ils le veulent, mais libres.

 

            Ainsi, je crois que je partirai demain, si le vent m'indique la direction de la route.

 

 

 

 

Forres Train Station

04.06.21

 

            "We belong to a wonderful family

            Unbelievable love

            We belong to a wonderful family

            Coming straight from above…"

 

            C'est avec cette chanson de la Fondation Findhorn en tête que je me suis rendu ici, à la station de train, et que j'attends pour retourner vers le sud, vers Londres et Brighton.

 

            Je serais resté.  La Fondation Findhorn, que je connais à peine, est un de mes chez-moi.  Je le sens, et on me l'a souvent démontré.

 

            C'est le solstice d'été présentement.  La journée la plus longue et la nuit la plus courte.  Nous avons dansé autour d'un feu hier soir, dans les dunes.  Je me suis amusé à jongler avec un bâton de bois aux bouts enflammés que quelqu'un avait apporté, comme je l'ai appris avec mon bâton de pèlerin, sur le Camino.

 

            La nuit ne dure que 2 ou 3 heures, et encore là la noirceur n'est pas totale.  On peut rarement voir des étoiles (mais c'est aussi à cause des nuages).

 

            J'ai dormi quelques heures, fait mes derniers adieux à Hagar, et suis parti sur la route, le pouce levé vers la gare de Forres.  En fait, je ne dis plus "Adieu".  Je dis "À plus tard".  Dans cette vie-ci ou dans une autre, mais je sais que je les reverrai.  Et je ne quitte plus vraiment les gens.  Je suis encore là, avec eux, et ils sont avec moi.  Je sais qu'ils sont là, quelque part dans le flot de la Vie, et que cette vie est la même que la mienne, donc nous ne sommes pas vraiment séparés.  L'impression de séparation est une illusion.

            "À Dieu", "Au remous de cette vie", "Advienne ce qu'il adviendra et ce sera bien".

 

            Je ne quitte personne, mon cœur reste ouvert…. 

 

 

 

 

            Donc j'ai fait du pouce, pris un autobus, prendrai un train pour Aberdeen, puis un autre pour Edinburgh, puis un troisième pour Londres, ensuite ce sera le tube (le métro), un train pour Brighton et un dernier pour Worthing, où je marcherai jusqu'à chez Rachel, à moins qu'elle ne vienne me chercher.  Ce sera rendu tard le soir…

 

            Le Soleil vient de poindre, m'illuminant le visage par la fenêtre grillagée.  Bienheureuse chaleur, par cette température typiquement écossaise !  Au matin du Solstice d'été, je porte une tuque, deux chandails et deux manteaux…

 

 

 

 

            La Fondation Findhorn est un endroit où il fait bon vivre.  Beaucoup de vélos ne sont pas cadenassés.  "Apporte ton sac chez moi quand tu veux, la porte n'est jamais barrée", qu'une amie m'a dit.  Et si on barre la porte, les amis et voisins savent où est mise la clef.

 

            Christiane, rencontrée au Yatra, animait le deuxième programme auquel je m'étais inscrit, après l'Experience Week.  Elle m'avait invité à rester chez elle puisque je restais à Findhorn une journée de plus.  J'ai accepté son invitation, mais je n'ai pas passé la nuit là.  Je n'y ai dormi que durant le jour….

 

 

 

 

            Ed et son film…..  J'en parlerai plus tard….

 

 

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[Gare d'Edinburgh]

 

            L'accent écossais est un très bel accent.  Il est doux à mes oreilles.

 

 

 

 

[Dans le train filant, cahotant vers Londres.]

 

            Je viens de souper de pain généreusement tartiné de brie et de camembert laissé à la température pièce depuis plus de deux jours.  Humm….  C'est mon repas traditionnel lorsque je me déplace.  Ce fut mon dîner aussi, et ce serait encore mon/mes prochain(s) repas si c'était nécessaire.  Pour déjeuner, j'ai mangé un kiwi et une poire, gracieusité de Hagar, en montrant mon pouce aux 5 voitures qui sont passées en l'espace d'une heure, et des muesli saupoudrés de lait en poudre avec de l'eau rendu à la gare de Forres.

 

 

            Non, plus je pense à la Fondation Findhorn, plus je me dis que ma place est là-bas.  Là-bas les gens sont majoritairement conscients, éveillés.  Là-bas les gens sont bons.

 

 

            Ed tournait un film pour la BBC Channel 4, qui sera diffusé à heure de grande écoute en novembre prochain, ayant la Fondation Findhorn comme sujet alors que nous étions là.  La question que son film pose est à savoir si le mode de vie de la communauté de Findhorn est réaliste, viable, et s'il pourrait être appliqué à plus grande échelle, au reste du pays, par exemple.

 

            Ed ne connaissait rien de la Fondation Findhorn lorsqu'il est arrivé ici.  Et, et je trouve cela très beau à voir, le film qu'il fait actuellement est en train de le transformer.  Cela se voit dans ses yeux.  Il s'est "découvert être une personne spirituelle", selon ses propres mots.

 

            Un aspect important des activités de la Fondation est celui d'éducation, d'exploration, en particulier l'Experience Week, que j'ai faite, par là où on commence généralement à découvrir ce qu'est la Fondation Findhorn.  (Ed avait fait lui-même fait une Experience Week en arrivant ici.)  Ed a donc, avec notre accord, suivi notre groupe au travers de notre Experience Week, étant présent presque partout, partageant avec nous.  Nous l'avons invité à faire partie de notre groupe, non pas uniquement comme un caméraman captant tout, mais comme une personne, comme l'être humain qu'il est.  On le voyait, à plusieurs moments il a été profondement touché.

 

L'observateur n'est pas pas extérieur à ce qu'il observe.  Il en fait partie.  (Et cela la physique quantique et le mysticisme oriental le disent également.)

 

Plusieurs personnes ont été suivies de plus près au fil des jours, durant cette semaine et après.  J'étais une de ces personnes.  Ce fut intéressant de remarquer ma relation à la caméra, tout au long de cette période.  Comme a dit Micaella, nous avions un peu une relation d'amour-haine face à cet œil noir inquisiteur qui semblait parfois si présent et qui ne bronchait pas d'un cil devant tout ce qu'il captait.  Je suis curieux de voir le résultat.  Non pas tellement pour voir si j'apparaîtrai (malgré que je ne puisse pas honnêtement dire que cela m'est totalement indifférent, mais de toute façon notre semaine entière aura environ 10 minutes d'attention sur le programme d'une durée totale de 3 heures) mais surtout pour voir ce qu'aura été la présentation qu'Ed fera de la Fondation Findhorn, les conclusions auxquelles il en sera venu.

 

C'est une première, à ce qu'on nous a dit, pour la Fondation d'accepter un film de cette ampleur et surtout s'introduisant dans des moments aussi intenses et intimes que peuvent l'être des programmes comme l'Experience Week.  Il y a plusieurs années, il n'en aurait pas été question.  Mais les temps changent….

 

 

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            (Retour sur un sujet que j'ai déjà abordé plus tôt.)

 

 

Few are willing to brave the disaproval of their fellows, the censure of their colleagues, the wrath of their society.  Moral courage is a rarer commodity than bravery in a battle or great intelligence.  Yet it is the one essential, vital quality for those who seek to change a world that yields most painfully to change.

 

Robert F. Kennedy, cited in DAVIDSON, Gordon & McLAUGHLIN, Corrine, Spiritual Politics, Findhorn Press, Findhorn, 1994, p.3.

 

 

 

 

In our present state of affairs, the very survival of mandkind depends on people developping concern for the whole of humanity, not just their own community or nation.  The reality of our situation impels us to think and act properly.  Narrow-mindedness and self-centered thinking may have served us well in the past, but today will only lead to to disaster.  We can overcome such attitudes through a combination of education and training.  On the basis of love and kindness towards our human brothers and sisters, we need to develop a sense of universal responsability.

            […]

Civilization is founded on such human qualities as honesty, morality, compassion, and wisdom.  But these qualities must be cultivated and sustained through systematic moral education in a conducive social environment.  Normally, such qualities should be inculcated from childhood.  However, we cannot wait for the next generation to make the change.  We need a revolution in our commitment to and practive of universal humanitarian values right now.

 

The Dalai Lama, foreword of DAVIDSON, Gordon & McLAUGHLIN, Corrine, Spiritual Politics, Findhorn Press, Findhorn, 1994, p.xiii.

 

 

 

 

[Talking about their political activism in the 60s, after having felt some desillusion about it.]

Finally, after much soul-searching, we [realized] we had to turn within.  We had to begin the inner journey and confront our own shadows, our own darkness - instead of seeing evil only outside ourselves and blaming the government and big corporations for all our problems.  We had marched for peace in the world yet did not feel peace in our own hearts.  We confronted injustice in our government yet did not want to admit our own injustices to others.

[…] Slowly and painfully, we began to let go of our fears and our old, limited ways of perceiving the world.  And this, in turn, allowed us to see things in a more expanded context.  We also learned new skills for becoming more effective and for communicating with those holding different views without creating conflict.  Most important, we learned that only a changed person can be an agent of change.

 

McLAUGHLIN, Corrine & DAVIDSON, Gordon, Spiritual Politics, Findhorn Press, Findhorn, 1994, p.4.

 

 

 

 

            "Be the change", comme disait Gandhi.

 

 

==================================================

 

 

            …..Un extraordinaire coucher de Soleil, luminescent d'un doux rose délicat grandissant jusqu'à un superbe violet-mauve auquel il est presqu'impossible de rester insensible…  Je ne me souviens pas en avoir vu un aussi magnifique depuis des lustres….

 

 

 

 

Worthing

04.06.23

 

En regardant mon linge tourner, à la buanderie.

 

            Dehors il fait tempête.  Des vents de plus de 100 km/h que la radio annonçait.  Mais pas de pluie, juste du grand vent.  La mer est forte, grosse, puissante.  Les gens marchent courbés dans la rue, les arbres se balancent et s'agitent, le sol de la buanderie est couvert de feuilles vertes, presque comme en automne, venant d'on ne sait où.

 

            C'est un temps superbe !

 

 

            On sent la force de la Nature.  Moi ça me ravive, me vigorifie.  Je suis une personne d'air.

 

 

            J'ai marché dans la ville, et sur le bord de la mer, comme ça, pour sentir le vent.  J'ai acheté, dans un "charity shop", sorte de friperie où est revendu du linge, des livres, de la vaisselle et des cossins usagés au profit d'organismes de charité, des disques et cassettes de Beethoven.  La Sonate au Clair de Lune.  La Neuvième.  La Cinquième et la Huitième.  (J'aurais aimé trouver la Septième aussi, ou bien du Philip Glass, mais je n'en ai pas vu.)  Je vais les écouter un peu, et ensuite les laisser à Rachel.  Je ne transporte pas de musique dans mon sac.  Seulement dans ma tête.

 

 

 

 

Worthing - en passant

04.06.29

 

J'ai mis sur le site les photos que j'ai prises à la Fondation Findhorn. Et je viens d'ajouter quelques textes (voir plus haut), datant d'avant Findhorn. Les autres viendront plus tard, peut-être dans quelques heures.

 

Je viens de remarquer que cela fait presqu'un mois que je n'ai pas travaillé. Ah bon. Moi ça ne me dérange pas. Je travaillerai plus tard. Le contrat que je devais faire a été annulé à la dernière minute, alors ils m'ont mis en "standby", ce qui veut dire que je suis payé pour simplement être disponible, pour remplacer un autre PA (Personal Assistant, comme moi) en cas d'urgence. Je suis allé à la piscine tout à l'heure, et ça fait plusieurs jours que nous allons marcher un peu sur le bord de la plage, Rachel et moi. Ça me va d'être payé pour faire cela...

 

Je devrais prochainement travailler un peu, en théorie, ensuite partir à la mi-juillet en France pour 2 ou 3 semaines, pour le Dharma Yatra (www.dharmanetwork.org/dharmayatra), et ensuite revenir en Angleterre pour travailler encore. En ce moment, j'ai octobre en tête comme date de départ pour partir vers l'Inde.

 

Tout reste encore à voir....

 

 

 

 

Worthing -> France

04.07.13

 

Je pars en France. Maintenant.

 

J'ai dormi quelques heures la nuit passée, et quelques heures cet après-midi aussi.

 

La 9e de Beethoven se déchaîne en arrière de moi et dans ma tête.

 

Il est 21h15. Je pars vers la gare de Worthing. Une longue nuit en perspective. Je prendrai des trains jusqu'à Londres, où je devrais arriver à 1h00 du matin, puis un autobus jusqu'à l'aéroport Stanstead, où j'attendrai mon avion de 6h50 (du matin aussi). Je ne dormirai donc pas. J'ai déjà trouvé une auberge de jeunesse à Carcassonne où j'irai rattrapper mon sommeil toute la journée du 14.

 

 

Je serai là bas pour quelques semaines. 2, 3 ou 4 ?.... Je n'aurai probablement pas beaucoup d'accès à Internet là où je serai.

 

Je vais manger du bon fromage français et du pain pour les prochains jours....

 

 

 

 

Barcelona ahora !

04.07.31

 

Viva España !

 

 

Suis parti sur un nuage, vers Santiago encore une fois, poussé par la vie qui m´amène partout où je ne croyais pas aller...

 

Je me dirige vers une retraite de méditation avec Jaya et Gemma, en Galicia. J´y vais avec Ulrika. Elle est d´Allemagne. Nous nous sommes rencontrés au Yatra. Et nous y allons en vélo, à partir de Burgos ou de Léon. Happy et son ami Luis nous prêteront des vélos là-bas. Quelques centaines de kilomètres de vélos que nous pédalerons pour arriver à la retraite. Une autre période extraordinaire en perspective...

 

 

Beucoup, beaucoup de choses sont arrivées récemment.... Plein de bonnes choses, de merveilleuses choses. La vie s´ouvre, encore et toujours... Tout plein d´avenirs..

 

 

Je ferai donc le Camino de Santiago à nouveau cet été... Et avec une personne merveilleuse en plus.

 

 

 

 

Betanzos, Galicia, Espagne

04.08.18

 

La retraite est terminée. Nous vivons, Ulrike, Juha, Ernst et moi, dans la maison de José, le cousin de Happy, qui est bâtie en plein milieu d'un champ près d'un minuscule village d'une dizaine de maisons au milieu de nulle part dans les collines de la Galicia. L'endroit est très bien.

 

Nous ne savons pas trop où nous irons prochainement, dans le futur plus où moins lointain. Cela est bien.

 

Mais nous irons en Allemagne bientôt, je crois. Et ensuite je retournerai en Angleterre un peu. Je viens d'acheter un billet d'avion de Leipzig vers Londres en septembre pour 15€ (23$ CAN). Et plus tard on verra...

 

Mes plans (quelle idée ridicule, avoir des plans !) ont changé encore une fois. La vie prend bien soin de moi. Je n'ai pas besoin de m'en préoccuper.

 

L'Inde est toujours dans ma tête. Mais ce n'est pas le pays en particulier qui est important. Un peu, mais pas tant que cela.

 

Nous verrons bien....

 

 

 

 

Berlin Prenzlauer Berg

04.08.27

 

Je suis en Allemagne maintenant, a Berlin. Je ne comprends pas un mot du systeme de transport en commun, mais ce n'est pas grave, Ulrika s'en occuppe. Nous sommes chez des amis d'Ulrika, qui ont beaucoup d'amis communs avec moi. Ils ont fait des retraites en Inde avec Jaya et Gemma. Nous nous connaissons indirectement, donc. Ils ont fait une presentation de diapositives de l'Inde hier soir, avec de la musique et tout. Nous avons cuisine un bon rice, dhal & sabzi (riz, lentille et legumes) pour ces gens. C'etait bon.

 

C'est un peu froid et pluvieux ici, mais ce n'est pas grave.

 

Nous passons notre temps a manger du chocolat.

 

 

"Please all start to meditate now!" dit Ulrika. Je crois qu'elle parle sagement...

 

 

 

 

Overtone Festival, Prague, République Tchèque

04.09.04

 

Bon, je suis rendu en République Tchèque on dirait !

 

Oui, je suis à Prague, pour un festival de musique "overtone" ("harmonique" en français?), nommé Pražské Znìní (bien sûr !). Nous vivons, Ulrika, moi, Sascha, Jula, Clemens, Yanko, Sebastian ainsi que 2 petits enfants, dans deux camions et une caravanne stationnés au milieu de la ville. Le parc à côté est notre salon, le bar à côté fournit nos toilettes et nous venons de découvrir avec joie qu'il y a des douches au centre où le festival se déroule ! Et il y a un café Internet avec connexion assez rapide (et windows en tchèque, évidemment !) juste en face, ce qui m'a permis de mettre en ligne un paquet de nouvelles photos.

 

Bon, la bouffe est prête, on m'attend, et il y a un concert qui débute bientôt. Le fromage est bon et vraiment pas cher par ici !

 

 

Photo de moi et d'Ulrika, prise en Espagne, après la retraite :

http://www.benoitmartin.com/photos/gal/Tome_II/Photos_05_(640x480)/137-3731_IMG.JPG

 

Et puis un paquet d'autres photos viennent d'être mises en ligne, mais la description reste à venir.

 

 

 

 

 

[Textes ajoutés en novembre 2004 aux Chroniques d'un voyageur parmi tant d'autres, Tome II]

 

 

 

 

Findhorn, jour 2

04.06.06

 

(Lundi soir)

 

 

 

            May You help me find my way.

 

            May all beings, including myself, be happy.

 

            May I find and recognize home.

 

            May I find and recognize my life partner, or the one I will be travelling with for some time.

 

 

 

            "Your prayers will be fullfilled."

 

 

 

            Il faut que tu saches ce que tu veux, sinon rien n'arrivera.

 

 

            Je veux trouver ma voie.

 

            Je ne sais pas si je veux un/une compagnon(ne) de route pour le moment.

 

 

            Oui, je veux (voudrais) un/une compagnon(ne) de route.  Quelqu'un avec qui je pourrais être vrai, authentique.  Quelqu'un d'indépendant, de non restrictif.  Quelqu'un de sincère, sensible.  Quelqu'un qui vient peut-être du même endroit que moi et, surtout, qui s'en va au même endroit.

 

            Quelqu'un qui m'en apprend autant que je lui en apprends.

            Quelqu'un de bien.

 

 

            "Your prayers will be fullfilled."

 

 

            Puissé-je trouver ma voie.

 

 

 

 

Cluny Hill College, The Findhorn Foundation, Écosse, jour 7

04.06.11

 

 

 

 

            Arrête de chercher qui tu es.  Sois ce que tu es.  (Tu ne peux pas te trouver, "tu" changes à chaque instant.)

 

 

 

 

The Findhorn Foundation  -  The Park

04.06.13

 

            Là où le Soleil ne se couche jamais vraiment.

 

            Micaella est partie.  Une personne étrange.  Savante, connaisante, profonde et vraie, mais aussi frivole et d'apparence superficielle.  Elle aussi a pris un aller simple, de la Nouvelle-Zélande, pour aller chercher, trouver.  Nous cherchons la même chose, c'est pour cela qu'on s'entend si bien.

 

            Sentiments étranges, mitigés à son égard.  Un peu d'amour, oui, mais ses brusques sursauts d'énergie m'effraient parfois.

            Elle se cherche aussi.

 

            La première fois que je lui ai parlé, elle était nue.  J'avais seulement un short sur moi, par pudeur, que j'ai enlevé peu après.

 

            Dans ses yeux je lisais un peu d'amour, d'affection, de peur, parfois.

 

            C'est la dernière de notre groupe à être partie, sur le pouce vers Edimburg, avec son didjéridoo qui avait commencé à fêler.

 

            C'est quelqu'un de fort, qui n'a pas beaucoup peur.

 

            Comme moi.

 

            Si différents sur tant de choses, pourtant on s'entendait bien.

 

            La baignade à Randolf Leap, filmée par Ed.

 

            Franco le Shamane.

 

            Kay le lutin magique.

 

            Ed, le producteur transformé par son film.  Et ses yeux le confirmaient.

 

 

 

 

            "Cette blessure, n'essaie pas de la guérir.  Elle sera toujours là.  Elle fait partie de toi.  C'est un endroit que tu visiteras, de temps en temps, comme une chambre, en toi.  Vis avec, n'essaie pas de l'effacer, de l'éliminer.  Cela fait partie de toi."

 

 

 

 

            "Family"           "Grace"            "Simplicity"

 

            "Power"           "Power"           "Introspection"

"Imagination"    "Forgiveness"

 

 

 

 

            La transe au son du tambour où je me suis réveillé, seul être conscient dans une autre dimension, parmi un champ de gens endormis.

            Comme certains moments forts de sirop.

            ("Bon, il est temps de revenir un peu à la réalité....")

 

 

 

 

            Le tambour de la Peace Pagoda de Lumbini......   "Anooo................"    (Boum, Boum, ........)

 

 

 

 

            Les anges (?), mes 2 ailes, la puissance ressentie.....

 

 

            Les mains qui tenaient le bol, rempli de tonalités.

 

 

 

 

            Christiane, du yatra, que j'ai revue.  C'est la première personne qui m'avait vraiment parlé de Findhorn.  Et c'est elle qui anime le deuxième programme auquel je me suis inscrit.

 

 

 

 

Pevensey & Westham (Eastbourne)

04.07.06

 

            Une histoire d'amour....

 

            En regardant un film à la télévision, un amour de jeunesse, envers la fille la plus belle, la plus charmante, la plus délicate, toute vêtue de blanc, la meilleure de toutes, un amour de couchers de Soleil dorés, d'instants idylliques gravés en mémoire à jamais, un amour trop beau pour être vrai, presque, un amour comme dans les films, un amour réciproque, un amour qu'un croirait parfait...

 

 

            Ces amours je les ai vécus, maintes et maintes fois, parfois à mon plus grand étonnement.

 

            Tout peut arriver lorsqu'on s'ouvre à la vie...

 

 

            La vie, la mort, la maladie, ce ne sont que de petites aspérités au sein d'un schéma plus grand.

 

            Idiots sommes-nous que de s'y attacher !

 

 

            C'est dans les étoiles, c'est dans notre tête...

 

 

 

 

            Tout ce que tu feras sera bien.

 

 

 

 

Pevensey II

04.07.07

 

            Depuis un mois je n'ai pas vraiment été seul.  J'avais toujours des gens autour de moi, des gens proches qui faisaient partie de ma vie et qui seraient là, avec moi, dans le futur.  Des gens qui continueraient à être avec moi.  Une sorte de réseau de connaissances, un cercle d'amis.  Les gens de Findhorn et puis Rachel, chez qui je suis demeuré deux semaines, dans son petit appartement d'une pièce.

 

            Je m'entendais bien avec Rachel.  C'était agréable d'être avec elle.  Elle est devenue une amie très proche, très intime, en qui j'ai une grande confiance.  Je commençais à assumer qu'elle faisait partie de ma vie, qu'elle était une stabilité dans mon entourage, dans ma vie qui ne repose pas sur grand-chose ici.

 

            Et puis Rachel a eu une crise épileptique venant de nulle part, sans que cela ne lui soit arrivé auparavant.  Sa vie ici en est bouleversée.  Plus le droit de conduire une voiture au Royaume-Uni.  Ne peut plus travailler jusqu'à nouvel ordre, avis médical.  Incertitudes, inquiétudes, remises en question.  Pourquoi rester ici, alors ?  Elle pense retourner en France, ne sait pas.  Sa sécurité sociale (l'assurance-maladie) se termine prochainement là-bas, si elle n'y retourne pas.  Mais elle ne veut pas aller travailler en France, les conditions et le salaire sont radicalement meilleurs ici.  Que faire ?  Rien ne la retiens ici, en tout cas....

 

            Je devais retourner chez Rachel demain, en finissant de travailler ici.  Elle aimerait être seule un temps, elle en aurait besoin en cette période trouble.  Je la comprends.

 

            Je dois donc trouver un autre endroit où aller demain.  Je pars en France le 14 et je ne travaillerai très probablement pas d'ici là.  Je dois trouver un endroit où demeurer, et quoi faire durant ce temps.

 

            Je me demande où j'irai demain.

 

            Et je vois mon amie qui va peut-être disparaître....

 

 

            Ça fait un vide, un peu, de sentir qu'on va de nouveau se trouver seul, sans personne qui nous attend ou qu'on va rejoindre plus tard....

 

 

            L'impermancence....

 

 

 

 

Pevensey III

04.07.07

 

            L'art de vivre.

 

 

 

 

            Chocolat, bateau, carotte, sexe, morphologie, brocoli, crocodile, mysanthrope, mélancolie, futilité, mots, scandidrominge, fascisme, guerre, 49, 72, 18, 24, manteau, royaume, déchéance, empire, immensité, ballon, bon, froid, tapie, deux, mal, ventre, main, émotion, fallacieux, métabisulfite, Rachel, grâce, vaudou, envie, ciel, bleu, mauve, piano, Beethoven, programme, CD, perte de temps, artiste, censure, je ne sais pas quoi dire, j'espère qu'on ne me retrouve plus, Michel, profondeur, dualité, Payot, sourire, cheveux longs, battre, tennis, Nintendo, Coke, Argus, Dove, bain, masturbation, colloque, calendrier, radiateur, énergie, pression, ceinture, chasteté, facile, lien, eau, fire, agua, dattes, figues, fechas, traîtrise, bientôt, plus, machiavélique, Louveteaux, faucons, inhibition, tabous, relâchement, découvrir mon esprit, pourquoi je fais ça ?, Chepa, va voir, face, guru, comcombre, inconscient, vérité apparaître, futur, connaissances, espérances, confiance, épaule, douloureux, terre à terre, mal de vivre, baluchon, scier du bois, peitit bois, dentifrice, réflexion, politiques, scarhagénie, poubelle, cieux enfers, et contre tous, baptistère, religion, tabarnak, Dom, tente, revenir un peu à la réalité, camping, surfer sur Internet, vivre ici,

 

            J'ai mes rêves de chaleur où je ne fais plus rien du tout, où je m'absorbe dans une conscience de vivre sans savoir, sans exister.  Que serais-je ?  Je m'accroche à l'idée, au refuge d'un désespoir de l'écriture, sans savoir où je m'en vais.  Ni pourquoi.  Est-ce l'écriture automatique ?  Un bloc viendra.  Par l'aval elle avale, je ne sais pas.  J'irai vers la chaise du patio, me perdre dans les hauteurs inconnues.  Où est la vie, où est ici ?    Mais pourquoi, mais pourquoi ?  J'ai mal aux doigts, mon crayon difficile.  Il est trop petit, il m'en faudrait un plus gros.  Ayoye.

 

 

            J'arrête, je n'ai plus rien à dire.  N'ai jamais rien eu à dire.

 

            L'infini me traverse en un soupir.  Les temps anciens....  Le temps n'existe pas.  Cravate et chapeau.  Religion condamnée, les pages qui expirent.  Désoeuvrement de ne pas savoir quoi faire.  Dormir ?

 

            Dormir....

 

[Et je me fus endormi.]

 

 

 

 

Pevensey IV  -  Liens de sang

04.07.08

 

            2^64 = 2 à la 64 = 2 exposant 64 = environ 18 446 228 681 234 031 616  (soit 18 milliards de milliards) = Le nombre de mes ancêtres depuis le temps de Jésus (l'an 0), en comptant 3 générations par siècle (20 siècles, donc 60 générations, disons 64 générations pour plus d'aisance de calcul).

 

(En supposant que moi-même, ainsi que chacun de mes ancêtres est né de 2 parents, et en supposant l'absence de co-sanguinité.)

 

En prenant pour acquis que mes ancêtres ont parfois eu d'autres enfants que mes ancêtres directs (supposition présumément vraie puisque je ne suis pas seul sur cette planète), alors je doute fort qu'il existe une seule personne sur cette planète avec qui je n'aie pas un lien de sang, aussi éloigné soit-il.

 

 

(Note :  Ayant calculé le résultat de 2^64 à la main, je crois m'être trompé un peu.  Google me dit que 2^64 = 1,84467441 x 10^19, et ma réponse était 1,84462286 x 10^19, ce qui est tout de même une bonne approximation, ou tout au moins parfaitement valable pour la présente discussion.  J'ai, au cours des derniers 2000 ans seulement, 18 milliards de milliards de parents directs (oui oui, des milliards de milliards).  Il est également bon de se rappeler qu'il y a actuellement environ 7 milliards d'humains sur la planète.  Quelqu'un peut-il vraiment se trouver en-dehors de ma famille ?.....)

 

 

 

 

04.07.08

 

Ceci est un test de crayon.  Pour vérifier s'il fonctionne bien, si la prise de doigts est confortable.

Ok, ça à l'air correct.

 

Non, ça pourrait être mieux...

 

 

Ça, c'était comme avant.  Non, ce n'est pas bon !

 

 

Test #2.  Non, trop gros.

 

 

Test #3  Est-ce mieux ?  Je ne sais pas.  Non, trop bas.

 

 

Test #4.  Correct ?  Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, éléphant, zèbre, xylophone....  Ok.

 

 

 

 

Pevensey V

04.07.09

 

            "....And then one day you find ten years have passed behind you

            No one told you when to run, you missed the starting gun...."

 

                        Pink Floyd, Time, dark Side of the Moon, 1973

 

 

            1973......  déjà plus de 30 ans....  C'était hier, il me semble, non ?

 

            Où sont passés tous nos rêves, où sont allés tous nos idéaux ?

 

 

            Vivez-vous à la hauteur de vos rêves ?

 

 

 

 

Pevensey VI

04.07.10

 

 

            Mon grand-père a un cancer généralisé des intestins (ou à peu près, le terme exact ne change pas grand-chose de toute façon).  Il ne sera pas opéré.

 

            Plutôt que de viser à le guérir, ils ont maintenant changé vers la qualité de vie.

 

            C'est une étape important, significative.  Une borne imaginaire, conceptuelle, vers la mort, vers l'acte de cesser d'être en vie.  Un pas vers la libération.

 

            Accepter de mourir.  Accepter que l'autre meure.

 

 

            Ça me touche, ça m'affecte, ça me trouble.  Je suis heureux pour lui qu'il s'achemine vers la mort car je ne voudrais pas le voir rester accroché à la vie par les tubes des hôpitaux, artificiellement, après que l'arsenal médical ait dévasté sa personne et sa dignité.  J'ai peur de le voir mourir ainsi.  J'ai peur de le voir rater sa mort.  J'ai peur de voir mes grand-parents ainsi que d'autres personnes que j'aime rater leur mort.

 

            Il y a un temps pour vivre et il y a un temps pour mourir.

 

            Comme un papillon sur une fleur, il faut laisser la vie suivre son cours, partir lorsque s'en est le moment.  On ne peut pas retenir le papillon dans ses mains pour toujours.  Ce ne serait pas beau.

 

            J'aime mon grand-père.  Je l'aime beaucoup.  Les larmes me montant aux yeux en écrivant.

 

 

            J'espère qu'il mourra bien, comme il a vécu.  Lorsque ça en sera le temps.  Et qu'on le laissera mourir.

 

 

 

 

Tapovan  -  Yatra, Jour -2

04.07.14

 

            Je suis arrivé au Yatra, à Tapovan.  Loin dans le bois, dans le sud de la France.

 

            J'ai dormi 5 heures d'affilée cet après-midi, plus que je n'avais pu le faire dans les 2 nuits précédentes.

 

            J'ai rencontré une Québécoise, Valérie, à l'aéroport Stanstead (Londres).  Bien sympathique.  Elle voyageait en Europe depuis 10 mois.

 

 

 

 

            Arrivé ici, je me suis rendu compte n'être qu'une personne normale, une parmi tant d'autres.  Je n'ai rien d'exceptionnel.  Il y en a de beaucoup plus extrêmes que moi.  Des gens qui font cela depuis beaucoup plus longtemps.

 

            Des gens qui n'ont pas de domiciles fixes, qui cherchent (ou ont trouvé).  Des "yatrikas" ("wanderers", "followers", pélerins, peut-être), qui poursuivent le Dharma.

 

            Qui voyagent de par le monde pour suivre les enseignements du Bouddha, ou une autre philosophie, mais toutes très similaires.

 

            Des gens qui se sont donnés pour but de s'éveiller.  De devenir de meilleures personnes.

 

 

            Je ne suis qu'un parmi tant d'autres, loin d'être le plus avancé (si progression il peut y avoir).

 

            Du monde duquel je viens on me considère parfois comme étant quelqu'un de spécial, de par la personne que je suis, de par les choix de vie que je fais, de par mes valeurs ou ma façon d'agir, de réagir.  Ici je ne suis que quelqu'un de très normal.  Qu'un apprenti, qu'un novice.  Qu'un débutant.

 

 

            J'ai abandonné la vie que j'avais et que j'aurais pu avoir il y a bientôt 2 ans de cela.  J'ai maintenant 25 ans.

 

 

 

 

            J'ai vu un arc-en-ciel rond, en-dessous de moi, en survolant la Manche.

 

            Suis dans ma tente, à nouveau.  Mon chez-moi.  Cela faisait longtemps, un an ?

 

 

 

 

Yatra, Jour 3

04.07.19

 

            L'Inde est proche de moi.  Ou ce que l'Inde représente pour moi.

 

            J'ai revu des amis, des amis proches.  Ma famille, presque.  Des gens avec lesquels j'ai des connexions profondes, des liens étroits.  Qui datent très probablement de plus de 25 ans.

 

            Je nage entre le réel et l'iréel.  Qu'est-ce que le vrai, dans tout cela ?

 

            Qui suis-je, moi qui ai un peu arrêté de me chercher ?

 

            J'ai revu Jaya.  Elle vient d'arriver.  Et Madeleine, que je suis très content de revoir, que je croyais peut-être ne plus jamais rencontrer.  Et Daniel, qui a un mal de pied mystérieux qui l'a empêché de marcher quelques mois, lui qui a fait le Camino de Santiago deux fois.  Paul, toujours avec son sac aussi petit, ayant encore été en Inde et ailleurs parce qu'il n'a rien de mieux à faire – et je le comprends –, Martin, Gail, la petite Jaya, Narayan, Juha (qui n'a plus son chapeau amusant), Raymonde, Denis, Polly (que je croyais disparue en Australie), Happy, toujours aussi énergétiquement souriant, et d'autres que j'oublie maintenant et dont je me demanderai plus tard comment j'ai fait pour les oublier.  (Burkhard, tiens, et Jacques, l'ancien moine Belge, Marisa, Corinne de Paris, Rob, nouvellement enseignant, ...)

 

            Et Paul (d'Autriche), rencontré aujourd'hui, et Ulrika (d'Allemagne), et Cathy (d'Allemagne), et plein de nouveaux gens intéressants.

 

 

            Je me rends compte aussi, mais pas de façon négative, de ce que c'est que de ne plus habiter nulle part, comme je le fais actuellement.  J'avais toujours un peu rêvé de faire cela.

 

            Je suis à la poursuite du Dharma.  C'est cela, ma vie.  Et je crois que c'est la meilleure chose, la plus précieuse chose que je puisse faire.

 

            L'existence la plus noble.

 

 

 

 

Yatra, Jour 4

04.07.20

 

            Je me sens bien.  Heureux, et bien d'être là.  Bien d'être entouré de toutes ces bonnes personnes.

 

            De bonnes personnes.

 

            Et je suis très heurex de revoir Jaya.  Une personne si simple, si normale, si humaine, mais si puissante, d'un certain sens, si vraie.  Si sage, si riche.  Et si dévouée aux autres.  Qui donne tant, et plus encore.

 

            Une si bonne personne.

 

            (L'année dernière, le Yatra avait été infiltré par le service des Renseignements Généraux français (la police, quoi), qui voulaient s'assurer que cette organisation un peu bizarre qui marchait en silence en file indienne – avec parfois des gens habillés comme des hippies, parlant du bouddhisme, de l'hindouisme, de Dieu, de l'amour, du bonheur, etc – n'était peut-être pas une sorte de secte potentiellement dangeureuse.  Un maire d'un village que nous avons traversé avait demandé les résultats de cette enquête.  "Ne vous inquiétez pas, qu'il s'est fait répondre, si tous les gens étaient comme eux, le monde serait bien différent.....")

 

 

            J'ai traduit le "Dharma talk" (discours du Dharma, l'enseignement du soir) de Jaya.  De l'anglais vers le français, en direct, devant la centaine de personnes qui l'écoutaient.  C'était assez stressant et éprouvant, quoi que plus facile que les traductions que j'avais faites au Yatra l'année dernière, mais j'étais très heureux, et même honoré, d'avoir pu faire cela pour Jaya, de l'avoir un peu aidé, d'avoir travaillé avec elle.  Elle m'a également demandé de traduire une méditation guidée.  C'est quelque chose de très agréable que d'être à ses côtés.

 

 

 

 

            Elle a un regard d'une bonté, cette Jaya...

 

 

            J'ai rencontré Ulrika, aussi.  Je l'aime bien.  Elle a le même âge que moi, revient d'Inde il n'y a pas longtemps, "habite" présentement dans le salon chez des amis, en Allemagne, et aimerait devenir prof de yoga.  Elle pense elle aussi aller peut-être faire une retraite avec Jaya et Gemma en Espagne prochainement.

 

 

 

 

Yatra, dernière soirée

04.07.29

 

            Il s'en est passé des choses dans cette semaine.  Bien des choses.

 

            Je suis fatigué, un peu las.  Et c'est la fin du Yatra.

 

            Mais pas la fin pour moi.  Encore un début.

 

            Il y a Ulrika dans ma vie.  Pour longtemps, j'espère.  (Mais faire des plans ne sert à rien.)

 

            Nous allons partir ensemble en Espagne, faire le Camino de Santiago en vélo, pour se rendre à une retraite de méditation avec Jaya, Gemma et Happy en Galice.

 

            Imprévisible, encore une fois.

 

            L'amour rencontré ici, une âme similaire, et j'irai là où je prévoyais ne pas aller, à Santiago et dans une retraite tout de suite.

 

 

 

 

            Fatigué, épuisé, crevé.  Nous avons monté ensemble une montagne sacrée cet après-midi.  Et c'est la fin du Yatra.  Notre groupe de 150 personne se disperse demain.

 

            Tel un feu d'artifice.

 

            Apporter un peu de lumière là où il n'y en a pas.

 

 

            100 personnes assises ensemble, tous en silence, c'est beau à voir.

 

            100 personnes en silence.

 

            C'est beau à voir.

 

 

 

 

Rivesaltes (Perpignan), entrée de la A-9

04.07.30

 

            Here and now.

 

            Ici et maintenant.

 

            Le ici, c'est à l'entrée de l'autoroute pour aller vers le sud, vers Barcelona.  Le seul ici qui existe en ce moment.  À côté d'Ulrika, sur une plage de béton, devant un flot de voitures.

 

            Le maintenant est simplement maintenant.  Ce n'est plus le même que lorsque cette phrase sera relue.  Le seul maintenant qui existe en ce moment.

 

            Ulrika chante des mantras indiens.  Assis sur mon sac, j'écris.  Nous allons à Barcelona, je l'ai déjà dit.

 

            Nous attendons un bon samaritain.

 

            Je ne crois pas que nous soyons pressés.

 

            Cela fait longtemps que nous attendons.  J'ai eu le temps d'aller rincer la laitue, de faire des sandwichs, et nous les avons mangés.

 

            Habituellement, j'aurais été profondément ennuyé et tanné d'attendre.  Et j'aurais mentalement chialé contre l'égoïsme des gens.

 

            Mais je me suis rendu compte que j'étais ici, et ce, maintenant, et que c'était le seul lieu ou le seul moment où je pouvais / pourrais être bien et heureux.  Pas dans le futur, puisqu'il n'existe qu'en théorie, pas dans le passé parce qu'il n'existe plus, mais bel et bien maintenant.  Et ici, parce que je ne suis pas ailleurs qu'ici.

 

            Alors je suis assis sur mon sac, alors que le Soleil se couche lentement, qu'Ulrika chante doucement, que les voitures passent, et j'écris.

 

 

 

 

            J'aime bien Ulrika, l'ai-je déjà dit ?

 

 

 

 

Burgos

04.08.02

 

            Nous attendons Luis, qui doit nous donner les vélos pour aller à Santiago et à la retraite.

 

Quelques moments des derniers temps :

 

            La tente, notre palace, où nous avons dormi hier, à l'auberge de pélerins.

 

            La nuit d'autobus de Barcelona à Burgos.

 

            Luis pas là, nous attendons.

 

            Transport à deux sur un vélo, avec nos sacs (et l'écrasement).

 

            Les gorges traversés après le Yatra.

 

            La caverne.

 

            La rivière magnifique au fond, la petite cascade, un paysage d'Amazonie avec un être fabuleux et souriant se séchant au Soleil.

 

            L'ascension du Bugarach.

 

            Sébastien et Zézé.

 

            La prophétie de 2004.

 

            La fleur de Lys.

 

            Simona, rencontrée à l'aéroport de Carcassonne.

 

Les traductions.

 

La rencontre d'Ulrika.

 

Valérie, souriante.

 

Happy, généreux.

 

Paul, encore là.

 

Yuha.

 

Daniel

 

Gemma.

 

Dave

 

Madeleine, Burkhard et Christian

 

Polly

 

Dennis

 

Rachel et Jaya

 

Tony.

 

 

 

 

Train Sarria -> Betanzos

04.08.07

 

            Quelques jours sur le Camino.

 

            Beaucoup de Soleil, de grandes montées interminables (O Cebreiro, la Cruz de Ferro), quelques excellentes descentes, de beaux paysages, de beaux moments.

 

            Avec une compagnonne de route extraordinaire, Ulrika.

 

 

            L'accueil chaleureux à l'albergue San Jabier d'Astorga.

 

            La visite à l'hôpital de Sarria.

 

            Le vélo réparé avec de la soie dentaire (à défaut d'un boulon et d'un écrou de rechange).

 

            La bonne bouffe.

 

            Les fèves germées en bouteille.

 

            (La crevaison à Barcelona.)

 

            L'amour dans la forêt.

 

            "Un pélerinage de l'amour".

 

            Les sourires d'Ulrika.

 

            (La 7e à Burgos.)

 

 

 

 

Maison de José, Pquia de Vigo, près de Betanzos, Galicia

04.08.16

 

            Retraite terminée.

 

 

            J'aime Ulrika.  J'espère passer un bon moment de vie avec elle.

 

            Nous avons fait la retraite ensemble, sans se parler.

 

            Deux nuits nous avons couché ensemble, dans la même tente.

 

 

            Elle veut la même chose que moi.  Elle trouve que de passer sa vie à méditer est une bonne chose.  Parce qu'il n'y a rien de mieux à faire.

 

 

 

 

            Il y a beaucoup de moustiques dans la maison où nous sommes.  Nous avons monté la tente sur le matelas double, à défaut d'avoir un filet moustiquaire.

 

 

 

 

            Happy est tellement généreux....

 

 

            Nous avons roulé plusieurs jours en vélo.

 

            Ensuite j'ai beaucoup dormi dans le hall de méditation.  La technique Jaya.

 

            Jaya, une professeure extraordinaire.

 

            Gemma, une personne si sincère, si simple, si vraie.

 

            Deux perles, deux diamants, deux trésors que ces deux-là.

 

 

            Une famille encore retrouvée.

 

            Juha, Polly, Tony, Virginie, Happy, Luis, José, Gerd, ...

 

            Sara, Karma, Carlos, Imma, Anxo, María, ...

 

 

 

 

            Nous sommes dans la maison de José, construite au milieu d'un champs, dans un nulle-part de Galicia.

 

            José n'est pas là.  Il nous a donné la clé.  Restez autant que vous voulez, une semaine, deux semaines, un mois, six mois, .....  Et il est parti.

 

            Il ne parle pas anglais (ni français).  Je suis le seul qui parle (un peu) espagnol.  Je ne comprends pas tout.

 

            [Ulrika est couchée sur moi, je suis couché sur elle, elle me frotte le dos...  Elle dessine dans mon cahier.]

           

            Nous n'avions presque pas de nourriture avec nous.  Un peu de riz, du quinoa, des muesli, des noix et du lait en poudre.  Les villageois nous ont vendu, dimanche soir, à moi le Canadien qui comprenait un tout petit peu ce qu'ils disaient, et à l'Allemande et au Finlandais qui ne comprenaient presque rien, un gros paquet de patates, tomates, piments, deux laitues, une douzaine d'oeufs ainsi qu'une bouteille d'huile de tournesol, le tout pour 2 euros (3 $CAN).

 

            [Je suis maintenant complétement sur Ulrika.  Je n'écris plus.]

 

 

 

 

 

 

Une bibliothèque quelconque, Berlin

04.11.01

 

            J'ai du temps à perdre, alors j'attends.  Je laisse le temps passer en attendant mon train de 18h00, à l'abri du froid.

 

            Je regardais l'horloge, et elle est tombée en panne....

 

 

            Je suis dans une école quelconque.  Un paquet de gens avec des ordinateurs portables et une pile de livres devant eux.

 

            Je commence à avoir faim.

 

 

            Je n'ai rien à écrire, rien à dire.

 

 

 

            Je n'ai pas ressenti, récemment, le besoin d'écrire, comme auparavant.  Je ne sais pas pourquoi, mais c'est comme cela.

 

 

 

 

 

 

Au-dessus de l'Europe

04.11.06

 

            Il reste encore beaucoup à faire.

 

            Notre monde est en changement.

            Tout se transforme.

 

            Les anciennes réalités, les anciennes vérités sont caduques, dépassées.

 

            Nous allons vers autre chose.

 

 

            Mais il reste encore beaucoup à faire.

 

 

 

 

            Le coeur me fend et mes yeux pleurent lorsque je vois l'état du monde.

 

            Lorsque je suis conscient des guerres financées par notre pétrole, que je sais des enfants avec des fusils qui cherchent à tuer.

            Lorsque je vois l'aveuglement naïf et volontaire du luxe dans lequel nous vivons.

 

            Les fondations de nos structures sont bâties sur et avec le sang de nos frères reniés.

 

 

            Une mer blanche océane s'étend jusqu'à l'horizon.

 

            Notre chemin n'est pas terminé.

            Il reste encore beaucoup à faire....

 

 

 

 

À l'appartement de mon frère Patrick, Montréal

04.11.06

 

            Je viens d'arriver au Québec.

 

            J'ai les idées confuses, je ne sais pas quoi penser.

 

 

            Le Québec....  C'est ma terre, c'est le pays d'où je viens.

 

            Et pourtant....

 

 

            Je suis seul dans l'appartement de mon frère.  Il est parti pour la fin de semaine et m'a laissé les clés.  Seulement qelques personnes savent que je suis de retour au Québec.

 

 

            Je me sens vide.  Vidé.

 

 

            J'ai une vie ailleurs, maintenant.  Il y a une femme, nommée Ulrika, qui m'attend en Allemagne.  Et nous allons en Inde, le mois prochain.  Jusqu'au nouvel été.  Et ensuite ce sera ailleurs.

 

            J'habite en Europe.  Nulle part, en fait, mais pas ici.  En Europe, peut-être même en Asie, je ne sais pas.

 

 

            Il est huit heures du soir (deux heures du matin pour mon corps), je suis dans le lit de mon frère, je ne sais pas trop si je suis fatigué.

 

            J'ai l'impression d'avoir quelque chose à faire avant de dormir.

 

 

            J'ai écrit....

 

 

 

 

Chez mes parents, à St-Bruno

04.11.18

 

            Je repars en Europe bientôt.  Dans trois jours.  J'étais revenu au Québec, à la terre de mes ancêtres, pour revoir mon grand-père, Paul, qui n'a plus les deux pieds dans le monde des vivants.  Il ne sera probablement plus là à mon retour, alors je tenais à le revoir.  Je l'ai fait plus pour lui que pour moi.  Je crois qu'il était content.

 

            Et je repars bientôt, retrouver Ulrika, poursuivre ma vie.

 

            Nous partons vers l'Inde dans 11 jours, le 1er décembre.  Nous y arriverons le 9, après avoir vu les déserts des Émirats Arabes Unis (Dubai, Abu Dhabi).

 

            Plusieurs retraites de méditation Vipassana (avec Jaya, Gemma, Ajay, Odelia, Christopher et cie) sont à prévoir.  C'est pour cela que nous retournons en Inde.

 

            Ariane, elle, mon amie très chère, y est déjà, avec son copain Jonathan.  Les 4 pieds dans l'insanité sacrée qu'est ce pays mythique / mystique.

 

            À la fois sacrée et à la fois démente....

 

(Parenthèse :

            Made in Turkey / Fabriqué en Dinde

Fin de parenthèse.)

 

 

 

            Ici s'achève donc, pour la très arbitraire raison que je suis de passage au Québec, la section nommée "Tome II" de ces récits.

 

            Rien n'est terminé, bien au contraire, mais la suite débutera avec le prochain Tome, troisième du nom.

 

 

            J'ai moins écrit lors de cette dernière phase de vie, alors que j'étais en Europe, et j'ai très peu écrit ces derniers mois.  J'ignore comment mon crayon réagira dans le futur proche et lointain, je ne sais s'il sera prolifique, grandiloquent ou insipide, ou encore s'il sera muet et sec.

 

            C'est à voir, c'est à suivre, le monde reste encore à découvrir, la vie se doit d'être vécue.

 

            Et le monde intérieur auquel j'aspire plonger, encore plus vaste éternellement incroyable que celui extérieur me semble...

 

 

 

            (Il est à ne pas oublier que de lire des récits de voyage, d'Inde ou d'ailleurs, ce n'est qu'une photo de carte postale, alors que le paysage entier (et bien plus) n'attend que l'on ne lui ouvre la porte et que l'on ne mette le pied dehors pour venir à notre rencontre, les bras grands ouverts....)

 

 

 

 

[Fin des Chroniques d'un voyageur parmi tant d'autres, Tome II.  Suite au Tome III.]

 

 

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Benoit Martin © 2002-17